De la proximité,
élément fondateur
de la presse écrite régionale


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L'exercice du journalisme dans la presse quotidienne régionale (PQR) a ses particularités. L'actualité n'est pas la même qu'au niveau d'un pays ou du monde, le lectorat est différent de celui des médias nationaux, le traitement de l'information l'est donc aussi. Malgré les critiques, malgré des ventes en baisse, la presse quotidienne régionale est populaire.
Une popularité qu'elle s'est bâtie sur l'institution d'une relation de proximité avec son lectorat. Proximité, une notion un peu vague, galvaudée par les discours des hommes politiques, mais qui dissimule à peine un sens réel et une importance capitale.


Désirs explicites et latents du lectorat

Le quotidien départemental est un journal de proximité. Ainsi, l'édition de l'Aude de la Dépêche du Midi, où j'ai effectué mon stage. Ceux qui produisent le journal comme ceux qui le consomment s'entendent intellectuellement sur le but vers lequel la parution doit tendre – devenant leitmotiv – : « Un journal proche de ses lecteurs ». On peut décliner longtemps, et sur plusieurs niveaux, ce quasi slogan publicitaire.
Informer le lecteur sur son environnement le plus proche, sur son unité élémentaire de survie – baliser le territoire qu'il parcourt habituellement. Évoquer tout ce qui l'interpelle et l'intéresse. La formulation de ces missions primaires induit deux obligations élémentaires pour le journaliste : la connaissance du territoire et celle de ses occupants – que le jargon journalistique englobe sous le terme de « terrain ».
Grâce sa connaissance du terrain, supposée supérieure à celle du quidam puisque constituante de l'activité professionnelle, le journaliste peut alors interpeller et intéresser le lecteur. En restant proche d'eux, c'est-à-dire en justifiant toujours son choix rédactionnel – le produit fini explicitant les liens d'une information inattendue avec l'unité élémentaire de survie du lecteur.

On sous-entend dès lors les premières difficultés de la relation de proximité sur laquelle repose la PQR. Les liens obligatoires, entre ce qui est publié et l'univers matériel et intellectuel du lecteur, deviennent-ils entraves au devoir d'information du journaliste, en limitant les domaines d'exercice de son métier ? La réponse d'un journaliste paresseux, sans imagination, serait probablement positive. Pourtant, il est possible d'expliciter toute parole, toute idée – n'importe quel fait. Au-delà de la recherche d'information, de l'accumulation des savoirs les plus divers, et des compétences techniques, c'est même dans cette faculté de transcrire la réalité la plus complexe et la plus éloignée du lecteur que réside le talent capital du journaliste. L'aliénation à une proximité nécessaire avec les centres d'intérêt du lecteur est annihilée par le labeur du journaliste.

Défricheur plutôt que héraut

Ce raisonnement peut être interprété comme une idéologie de résistance et de combat.
Il donne au journaliste un rôle capital dans la société démocratique du savoir vers laquelle les Humains s'acheminent peut-être. Il s'inspire de l'idée romantique – prétentieuse sans doute : le journaliste à l'avant-garde d'une connaissance supérieure à retransmettre aux masses. Non pas un aristocratique héraut, messager du roi et des puissants, mais un défricheur de la connaissance. Un vulgarisateur du savoir que trustent les nouvelles oligarchies.
Cette conception du journalisme est difficile à accepter, encore plus délicate à satisfaire. Les responsabilités qu'elle implique effraient ; cette idéologie, dont le glissement vers l'endoctrinement des masses exposé au début du vingtième siècle par l'École de Francfort est possible, terrorise. Pourtant, c'est seulement une idéologie du journalisme que l'on évoque ici. Elle n'a aucune visée politique, sinon une répartition égalitaire du savoir.
S'il est un danger, c'est bien celui de renoncer à cette vocation éclairante du journaliste. Même dans un modeste titre régional – surtout dans un quotidien de la PQR. Le quotidien local est la seule lecture généraliste régulière d'un nombre conséquent de citoyens. La lecture, meilleur moyen d'apprentissage du langage, langage structurant la pensée. L'écriture qui reste aujourd'hui encore le meilleur moyen d'exposer une réalité complexe et nuancée.

C'est une idéologie de résistance et de combat. De résistance contre un abrutissement des masses nuisible aux sociétés. De combat contre les matons des cages d'or où beaucoup rêvent d'enfermer la connaissance. De combat contre les travers d'un journalisme de la facilité – une facilité à laquelle s'asservissent volontiers les responsables des ventes de la presse. De combat contre la tentation de servir, aux résignés ou aux exclus de l'apprentissage, la soupe qu'ils attendent.

Cette conception du journalisme n'est valable qu'en conservant une relation de proximité avec le lectorat. Comme le chantait Bertrand Cantat pour le groupe « Noir Désir » : « On peut caresser des idéaux sans s'éloigner d'en bas ».

Proximité, connivence et tour d'ivoire

Cette précision est nécessaire. La proximité avec tous les acteurs d'un territoire sous-entend forcément la proximité avec ses notables. Hommes politiques, employés d'institutions diverses, dirigeants de sociétés, savants, magistrats.... Ce sont souvent eux qui font l'actualité, qui détiennent l'information – des sources majeures du journaliste, donc. Il est essentiel que celui-ci entretienne de bonnes relations avec ces sources, afin de bénéficier d'un accès privilégié à l'information. Un carnet d'adresses conséquent, rempli des contacts de ceux qui sont le plus susceptibles   de   communiquer   des   informations   nouvelles,   a   une   valeur inestimable pour un journaliste. Une grande partie de son travail consiste d'ailleurs en la constitution d'un réseau efficace d'informateurs. Plus les relations sont amicales, plus grandes sont alors ses chances qu'un informateur le contacte de lui-même pour divulguer une nouvelle.
On atteint là le problème de la connivence. Ces relations nécessaires peuvent entraîner des collusions, plus ou moins connues du lectorat, entre notables et journalistes. Au risque que ces derniers oublient qu'ils sont au service des lecteurs et non des puissants. Le journaliste, au cours de sa carrière, tend généralement à se rapprocher de plus en plus des notables ; en devient souvent un, dans l'esprit du plus grand nombre. Le risque est alors grand de le voir adopter un mode de vie désolidarisé de celui de la population. De partager avec les notables une perception biaisée du terrain et donc d'œuvrer, sciemment ou pas, pour leurs intérêts – qu'ils soient « légitimes » ou pas étant la plupart du temps hors de propos.
Le journaliste doit conserver une dualité ; il a un devoir de schizophrénie – porter un masque et les atours des notables pour frayer avec eux, et savoir s'en défaire pour rester au service du lectorat. La presse quotidienne régionale a pour vocation d'informer objectivement une majorité de citoyens, pas une minorité dirigeante.

Service de proximité

L'expression de service apporté au lectorat n'est pas anodine. La presse quotidienne régionale a une mission d'information incluant le pourvoi d'un service de proximité. Cette expression recouvre plusieurs aspects, plusieurs services rendus au lecteur.

Le quotidien régional a d'abord un double rôle capital d'agenda et d'annuaire, qu'il serait présomptueux de mésestimer, voire de délaisser.
L'agenda   des   manifestations   locales, souvent   festives,   ou   d'autre   nature (conférences, etc.) est un attrait indéniable de la presse auprès de ses lecteurs. L'annuaire, ou la présentation dans la presse de tout ce qui existe sur un territoire donné, et la communication des moyens de l'atteindre – coordonnées, dates... C'est un élément essentiel de consolidation du réseau associatif, notamment.
D'une certaine manière, on peut penser que cet aspect de la presse écrite participe à l'édification d'une démocratie participative, concept politicien souvent fantasmé d'une société où chaque citoyen éclairé puisse jouer son rôle. La connaissance exhaustive et aisée des activités d'un territoire permet logiquement au citoyen de s'y impliquer.
Plus simplement, on ne peut nier l'intérêt de la publication dans la presse d'infos-services bruts, comme la liste des pharmacies et des médecins de garde, la météo locale, les horaires de cinéma ou les numéros des services d'urgence.
Certes, la constitution d'agendas et d'annuaires est un travail parfois ingrat pour le journaliste, mais il est indispensable. Sa tâche peut alors consister en la recherche des toutes les manifestations, de toutes les associations et organismes, qu'il présente inlassablement, essayant de dégager les motivations et les bilans de leurs existences.

Le service de proximité recouvre également un aspect peut-être plus politique. La presse, les rédactions en centre-ville ouvertes aux visiteurs, peuvent être le dernier recours de citoyens qui ne peuvent s'en remettre à la justice.
Pour illustrer cet aspect, j'aborderai un exemple d'actualité. Les dernières évolutions législatives (...) font qu'un nombre important d'immigrés clandestins risquent d'être renvoyés dans leurs pays d'origine, dont des enfants scolarisés. Un phénomène que la presse nationale a largement évoqué. Dans un quotidien local, comme la Dépêche du Midi à Carcassonne, cela se traduit par la visite de certaines de ces personnes. Ainsi, en juin, un père de famille né en Somalie, installé en France depuis 17 ans et dont les jeunes enfants, sans-papiers, ne peuvent être scolarisés.
Ceci participe du service de proximité. La presse est probablement la seule à pouvoir décrire la situation de ces gens, qui habitent à côté des autres citoyens, mais qui ne peuvent ni se rendre dans un tribunal, ni dans un commissariat ou une gendarmerie, ni parfois raconter leur histoire à des voisins potentiellement délateurs.
Il existe probablement d'autres situations ou la presse est presque la seule apte à retranscrire une réalité locale, avec bien plus de poids que des médias nationaux. C'est là qu'on en revient à l'idée de proximité, d'écrire au lecteur ce qui l'intéresse : une situation décrite de temps en temps à la télévision peut paraître étrangère, irréelle. Le récit de quelqu'un de sa ville, de son village peut difficilement être nié, quel que soit le jugement que l'on y porte.

Renforcement du débat

Ces divers aspects de la proximité participer à l'alimentation du débat citoyen. Une illustration triviale en est l'image du « café du commerce » où chacun disserte, avec plus ou moins de brio, sur le dernier match de football ou un discours politique.
Le citoyen est rarement plus interpellé que par ce qu'il voit dans son unité élémentaire de survie. La presse quotidienne régionale a un rôle à jouer dans une description objective de ce territoire. C'est en ce sens qu'elle peut contribuer à préparer le débat entre lecteurs.
Un aspect qui ne peut être que positif... La dissertation puis la compréhension d'enjeux locaux, plus faciles à appréhender, pose des bases solides à une perception pertinente d'un monde complexe.
C'est notamment dans le renforcement de ce débat de proximité que la presse quotidienne régionale a un rôle important à jouer, et qu'elle peut prétendre à une même noblesse que d'autres secteurs du journalisme.


Début d'une série sur la pratique du journalisme. Ces articles sont des compte-rendus des conférences données à l'IUT de journalisme de Cannes par des professionnels (reporters, directeurs de rédaction, etc.) au cours des années 2005-2006. Ce sont donc des réflexions sur le métier et sa pratique, souvent réhaussés de quelques touches de portrait.

Les posts sont indexés sur cette page.
[voir] Nouveaux combats du syndicalisme - Pierre Desfassiaux, journaliste à la Voix du Nord et secrétaire national du SNJ (septembre 2005)
[voir] Idéalisme rangé - Alain Le Gouguec, journaliste et cadre à France Inter (octobre 2005)
[voir] Petit précis de journalisme - Gilles Vaubourg, journaliste et directeur régional de France 3 Méditerranée (janvier 2006)
[voir] Ondes vieillissantes - Hugues Durocher, journaliste, ancien exécutif d'Europe 1 et de France Info (février 2006)

Nice à présent,

élections futures


Nice, appuyée sur sa cuvette montagneuse, ouverte sur la Baie des Anges, est construite en zone sismique.
Aujourd'hui, c'est d'une autre manière qu'elle tremble. Nissa la bella serait sur son déclin... et s'approche de grands bouleversements. Epicentre : les élections municipales de 2008.

Les grands travaux lancés par Jacques Peyrat visent à l'édification d'une ville digne de son rang démographique. 350 000 habitants pour la cinquième ville de France, près de 900 000 si l'on englobe toute l'agglomération, cette métropole côtière.
Pour circuler d'abord : il faut désengorger l'autouroute, la Promenade des Anglais, la commune toute entière. Certains axes voient défiler autant de véhicules que le périphérique parisien. La ville étouffe : embouteillages, pollution, nuisances sonores et stress.
Le tramway en chantier, une seconde ligne et l'interconnexion des bus, trains et tramways à mettre en place : la politique des transports en commun doit ébranler la terre du véhicule personnel roi. UMP et PS adhèrent à l'idée.

Le transport ne règle pas le problème du logement. Nice est peu attrayante : trop chère, inaccessible aux revenus modestes et moyens. Personne ne s'installe dans les tours de béton des quartiers sulfureux. Ceci explique peut-être que la démographie niçoise stagne... voire que son nombre d'habitants régresse légèrement.
La commune souffre d'un problème d'identité : schématiquement, on observe un tiraillement entre opulence et pauvreté. Entre des quartiers prestigieux et des ghettos abandonnés.
Nice est la ville des retraités – 12,7% de plus de 75 ans en 1999, contre une moyenne nationale de 7,7%, et 16,2% contre 13,6% pour les 60-74 ans, mais une cure de jouvence est amorcée.
La cité des riches étrangers et des bourgeois est aussi celle des familles défavorisées et d'un fort chômage, situation de nombre de Maghrébins peu intégrés. Du coup, les ménages de cette ville riche et chère – glamour... – ont un revenu moyen inférieur au niveau national.
Les actifs investiront dans une ville plus équilibrée. Une ville qui requiert aujourd'hui une politique sociale et culturelle pour se construire dans l'ouverture et briser les ghettos.


    Le « farniente »

Transport, logement, social... Dernier chantier : l'économie. La part de Nice et de sa communauté d'agglomération dans l'activité économique du département ne cesse de baisser.
Pour le tourisme, secteur économique roi... la crise : là aussi, on observe une baisse constante depuis le début des années quatre-vingt dix de la part du tourisme niçois dans celui du département.
Celui-ci peine à se diversifier... Ne cherchez pas le dynamisme des grandes villes européennes. Traditionnellement, à Nice, on roupille au soleil, on promène son caniche sur la Prom', et les jeunes zigzaguent sur les trottoirs pour marcher à une allure décente. Un restaurant gastronomique, une suite à l'hôtel de luxe pour les actifs en costume et robe du soir. Peu à peu cela change : Nice est prisée par la jeunesse azuréenne (pour ses bars : les discothèques sont à l'Ouest), mais peine à s'ouvrir à d'autres horizons.
Concernant le tourisme de luxe et de congrès, Nice reste coincée entre ses voisines. Le monde connaît Cannes, Monte-Carlo et la French Rivieira, moins souvent Nice.
Ce problème de positionnement de Nice dans l'économie régionale se retrouve dans les autres secteurs. Sophia-Antipolis est l'espace et le label des nouvelles technologies (malgré une faible production industrielle). Comment trouver sa place dans le tissu économique de la mégalopole azuréenne ?
Le BTP, autre domaine d'importance à Nice, connaît aussi la crise. Construction rime avec corruption depuis l'ère de Jacques Médecin.
Une image qui tend à décourager les investisseurs... voire à verrouiller l'économie autour de quelques acteurs historiques, encore proches de l'actuelle équipe municipale.


    Commandant, des pirates ! A bâbord, à tribord, on tient le cap ?

Les élections municipales de 2008 représentent un enjeu capital. On se bouscule au portillon, d'ailleurs : près d'une quinzaine de mâles providentiels se verraient bien porter l'écharpe tricolore. Guerres fratricides au sein des grands partis, candidats grands-guignolesques... Nice garde sa spécificité, ses traditions. Et doit jouer avec un nombre important de candidats majeurs.
Culture de droite, histoire de droite et vote à droite... mais les temps changent. Aux dernières élections municipales, en 2001, la liste de gauche plurielle, conduite par Patrick Mottard, a été surprise par son score : 41% des voix. Jacques Peyrat l'a emporté avec 44% des suffrages. Pour 2008, la gauche y croit, sera mieux préparée... et « unie », affirment à présent les deux Patrick du parti socialiste niçois, Mottard et Allemand, deux hommes rivaux. Unie avec la gauche plurielle, comme c'est la tradition dans les conseils municipaux. Quant à la tête de liste, elle sera désignée par le vote des militants du PS, sans doute après les élections législatives de 2007, et par d'autres facteurs – dont le résultat des élections présidentielles.
A droite, l'actuel sénateur-maire Jacques Peyrat briguera son troisième mandat, à l'âge de soixante dix-sept ans. Avec ou sans l'investiture de l'UMP.
Il se pourrait que l'Union pour un Mouvement Populaire lui préfère Christian Estrosi, actuel président du Conseil général des Alpes-Maritimes et ministre délégué à l'aménagement du territoire, grand ami (et partenaire de jogging maritime) de Nicolas Sarkozy. On peut supposer une intrusion des résultats et des candidatures des élections nationales de 2007 dans la vie politique niçoise.
Le Front national et l'extrême droite auront aussi leur mot à dire. Même si à Nice il n'atteint pas les scores qu'il obtient dans des communes plus modestes, ce parti a montré à quel point son succès peut être imprévisible, et sa base électorale stable.
Espoir et ambition pour tous, donc – pour tous les Niçois, en devoir de prendre en main le destin d'une ville qui cherche encore sa voie, en France et dans le bassin méditerranéen. La politique peut alors rallier les forces endormies et contribuer à l'édification d'une ville moderne et rayonnante.



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Défouloir intempestif
Christophe Leduc (?)

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