Société. Un militant du groupe agenais d’Alternative libertaire, a reçu un ami, homologue libanais. Discussion de militantisme comparé.

« Ni Dieu, ni maître »

à Agen et à Beyrouth 

Jean-Marc Dupriez, lot-et-garonnais, est membre du groupe agenais d’Alternative libertaire. Adnan Farès (1), enseignant libanais, vit à Beyrouth. Il milite là-bas au sein d’Al Badil Al Chouyouii Al Taharrouri (ABACAT, soit Alternative communiste libertaire). Mais l’exercice d’un militantisme révolutionnaire est bien différent dans le pays des Droits de l’Homme (sic) ou dans celui du cèdre.

 

Pour des raisons culturelles d’abord : « En France, il y a une conscience politique », estime Adnan Farès. « La tradition politique anarchiste [y] existe depuis 150 ans », poursuit Jean-Marc Dupriez. Initialement, la CGT était proche des vues communistes libertaires. L’idéologie fut théorisée par Daniel Guérin (1904-1988), militant et écrivain français, qui reste une référence dans le milieu.

Au Liban, les idées communistes libertaires sont donc encore moins connues qu’en France. De plus, elle souffrent « d’une connotation intellectuelle péjorative », remarque M. Farès.

L’exercice du militantisme

Les deux groupes comptent des effectifs modestes. Dans le Lot-et-Garonne, « une dizaine de militants, plus une vingtaine de sympathisants », affirme M. Dupriez. A Beyrouth, ABACAT représente « quelques copains », raconte Adnan Farès. « Mais on a une forte propagande, poursuit-il en riant. Au Liban, tout le monde sait qu’il y a des communistes libertaires. » Notamment depuis qu’ils ont traduit Daniel Guérin. Nombre d’étudiants libanais s’y sont intéressés, certains dans des thèses universitaires. Et à Agen, il suffit d’une paire d’yeux pour remarquer les nombreuses affiches d’Alternative Libertaire, voir ses membres et ses tracts lors des manifestations.

Mais la pratique militante est bien différente aux deux bornes de la Méditerranée. Alternative libertaire est libre d’agir et de publier, drapeau rouge et noir hissé haut ; elle a un statut associatif. Même si ses membres sont fichés par les RG et si elle a très peu accès aux médias grand public... ABACAT « n’a pas de revue, pas de local » et tient « des réunions informelles (...), moins fréquentes, souligne Adnan Farès. Les copains ont peur ». « Les militants libertaires encourent un risque physique » là-bas, rappelle M. Dupriez. « Il existe au Liban un équivalent à la loi de 1901, mais il est policier, répressif », note M. Farès. Les militants d’ABACAT participent aux manifestations « sans trop s’afficher ». La fin de l’occupation du pays par l’armée syrienne (en 2005) a permis l’accroissement des libertés. « On a eu le courage de faire un site web », remarque M. Farès. Un moyen d’acquérir une visibilité supplémentaire, alors qu’auparavant, ABACAT était limité à un partage informel de ses idées et à des publications sporadiques dans le mensuel français d’Alternative libertaire.

Le communisme libertaire
d’Alternative libertaire

Alternative libertaire (AL) est un groupe national, inclus dans une nébuleuse internationale. Elle est née en 1991 (et vers 2000 à Agen). AL représente un courant politique révolutionnaire, anti-capitaliste et anti-autoritaire. AL ne vise en aucun cas l’accès au pouvoir. Elle prône une société autogérée : une forme de démocratie directe, où tous les citoyens se réapproprient la parole et exercent le pouvoir décisionnel. AL vise la solidarité collective et l’égalité économique par une redistribution différente des richesses. Est envisagée la socialisation des moyens de production, soit leur appartenance à ceux qui y travaillent. Un autre aspect de l’idéologie d’AL concerne l’émancipation des individus, égaux et libres de choisir leur façon de travailler, d’aimer, de vivre — sans porter atteinte à l’autre.

Les militants d’AL sont généralement fortement impliqués dans d’autres mouvements et dans le syndicalisme, pour la défense des chômeurs, des services publics, et contre la précarité, les politiques répressives actuelles...

1) Pour des raisons de sécurité, nom et prénom ont été modifiés.

Christophe Leduc

Un jeune homme pessimiste s'est noyé dans le macadam incandescent d'une mégalopole moderne. Sa maturation intellectuelle s'est opérée dans son ermitage, appartement miteux d'un sous-sol urbain. Il ne voit plus l'humain que sous le prisme de ses noires méditations - jusqu'à ce que sa pensée, sous influence externe, cristallise une issue.


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Mon stage à la Dépêche du Midi m'a permis d'assister à quelques audiences du tribunal correctionnel de Carcassonne.
En plus d'avoir fréquemment ressenti une certaine sympathie à l'égard des délinquants - souvent de pauvres gens -, une constatation récurrente me choque. Je parle de l'importance accordée à la victime ; souvent, sciemment par les magistrats (de la partie civile notamment), et de manière moins délibérée chez son contemporain lambda.
Il me semble évident que la prépondérance de la parole de la victime - présumée avant le jugement - dans l'imaginaire collectif discrédite totalement celle du prévenu, de l'accusé.
L'importance disproportionnée de la victime dans le jugement de "l'opinion publique" est bien évidement renforcée par l'émotion : pour l'affect, un crime sexuel et/ou sanglant appelle une punition d'autant plus sévère - abusive ?
On peut espérer que les magistrats pondèrent leurs décisions et modèrent les plaidoiries, victimisantes à outrance, de la partie civile.
Mais la justice, interprétation d'un droit évolutif, est imprégnée de l'époque. Elle ne peut donc que modérer la pression de l'opinion publique (et de la partie civile) pour le contentement du plaignant, la réparation de la peine d'une victime.
S'agissant des crimes les plus sordides, les médias abondent quasi systématiquement en paroles de victimes et de familles de victimes - souvent mécontentes du déroulement d'un procès, réclamant "une justice exemplaire", c'est-à-dire les peines les plus lourdes qui soient. Ainsi, la justice est souvent disputée, non pas par l'esprit mais par les "tripes", leurs bas instincts.
L'individu lambda s'imprègne alors d'une réthorique déplacée : l'opinion publique, victime potentielle (crainte que les partisans du tout-sécuritaire se hâtent d'exalter), réclame généralement une peine - punition - proportionnelle à une sorte de "quotient émotionnel" du préjudice de la victime, personnifiée en l'individu plaignant. Or il me semble que la peine ne peut être jugée qu'à l'aune de l'infraction commise, en évitant la contamination émotionnelle.

Le choix d'évoquer "l'opinion publique" ne stigmatise pas seulement des masses ignorantes. Elle inclut les médias et appelle les hommes politiques. Eux aussi, sciemment ou pas, succombent à la tentation victimisante. Au moins parce que les rangs des victimes potentielles sont plus serrés que ceux des délinquants et criminels. Et que la peur est compagne idéale d'un politicien régnant, tandis qu'un divertissement informatif à forte charge émotionnelle est plus rentable.
Ainsi, on s'étonnait en juin de voir des politiciens médiatiques, et notamment Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, réclamer à cor et à cri de lourdes sanctions contre Fabrice Burgaud, le juge d'instruction de l'affaire d'Outreau. Ceci, après que le rapport de l'Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) a conclu à l'absence des fautes des magistrats incriminés, dont M. Burgaud. Un avis documenté qui n'a pas empêché Pascal Clément, garde des Sceaux, ministre de la Justice, de saisir le Conseil supérieur de la magistrature en souhaitant des sanctions contre le petit juge. A l'encontre de l'avis de l'IGSJ donc, et de celui des magistrats - dont le Syndicat de la magistrature, qui évoqua alors "une course au populisme". Course à laquelle participèrent notamment, en plus du traditionnellement populiste Nicolas Sarkozy, Robert Badinter, Élisabeth Guigou (PS, garde des Sceaux dans le gouvernement Jospin) et François Bayrou. Fanfaronnades infondées, populisme "victimisant" sans aucun sens de la mesure, à l'impact négatif sur l'opinion publique, déjà acquise à la cause des victimes.
Je suis incompétent pour discuter les décisions de justice et remettre en cause son fonctionnement. Mais le parti pris trop fréquent des médias et des personnalités publiques pour les victimes me semblent extrêmement dangereux. Ces gens de pouvoir doivent mesurer toute parole.
Ils contaminent ainsi toute l'opinion publique par leurs vues biaisées. Une perception victimisante que l'on administre alors à la Justice à la manière d'un poison, à doses infinitésimales ; si elle craint encore une trop forte décharge, nul doute que sans vigilance son organisme, sous peu, supporte en lui ce fiel. Et que la balance de la justice, idéalement équilibrée par la raison, penche alors systématiquement, par l'émotion, du côté des victimes.
Médias et hommes politiques ont là encore une lourde responsabilité, qu'ils fuient pour des raisons de rentabilité et d'électorat.



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Défouloir intempestif
Christophe Leduc (?)

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