Mardi 30 novembre 2004
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La langue française serait exsangue. L'ancien pur-sang aurait du sang de navet : une sangsue maligne se serait délectée de ses difficultés.
Les Académiciens usaient jadis de sang-dragon pour que les plaies du subjonctif fussent pansées. Ce fut un échec et l'imparfait de ce mode désuet gît désormais inanimé.
Aujourd'hui les Immortels suent sang et eau pour protéger leurs chères difficultés. Celles-ci se sont enchevêtrées dans ce monde imagé et finalement dans un bain de sang se sont entretuées.
Ils cherchent peut-être à ce que leur chaire soit préservée... Car notre langue se voit sans cesse dynamisée par du sang neuf aux couleurs exotiques.
Je kiffe les textos et j'aime écrire ; je tchatche à l'arrache avec ma meuf quand on part dans un trip, à la poursuite des idées.
Du sang mêlé naît la richesse - je suis donc sûr que notre époque engendrera les hérauts de la langue à venir.
Par Christophe
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Mardi 7 décembre 2004
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2004
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Elle a des yeux gris-verts et ce regard mi-sucré, mi-glacé - je cherche encore la flamme qui pourrait l'embraser.
Maryse a un petit brillant lumineux sur la dent, de ceux qui vous assomment quand elle dégaine son sourire. Si elle se bat, c'n'est qu'avec ça.
Des cheveux châtain clair portés mi-longs caressent son visage pâle et délicat de femme-enfant. Elle n'a pas besoin d'artifices et n'arbore que de timides faire-valoir : deux coeur diamant et or scintillent à ses oreilles tandis qu'un pendentif argent balance son "je t'aime".
Maryse, elle n'est pas grande, plutôt menue. C'est un petit bout de femme où l'on sent déjà poindre le mystère et la féminité.
Blue jeans et pull sombre composent son uniforme de collégienne, mais la rumeur me susurre qu'elle dissimule chez elle chapeaux extravagants et jupes affriolantes...
Par Christophe
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Lundi 24 janvier 2005
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Le lit de ma vie se love dans un coin de ma chambre à La Gaude. Je m'y sens bien - apaisé. Le black metal hurlant de mon adolescence a fait trembler ses murs. Ils l'ont vaincu et se délectent désormais de la mélancolie électronique et des senteurs thé vert.
Ce lit ne me fait plus rêver, je suis parti ailleurs pour vivre mes fantasmes.
Il y a trois ans, j'ai quitté le nid pour mon premier lit de grand, un immense "deux places". Pour les soirées, il se muait en canapé.
Il a souffert, cette année-là. Les taches d'alcool, les trous de boulettes et les brûlures de cigarettes l'ont salement amoché. Lilith s'y est posée, une ou deux fois, mais son corps pesait trop lourd : elle ne l'a pas soigné.
Souvent à cette époque, je l'ai quitté pour un autre, une pièce maîtresse. La nuit j'étais piégé dans la toile éthérée d'une musicienne diabolique. Mes journées je les brûlais sur les bancs du lycée, épuisé, blessé, ivre d'un sommeil sans rêve.
Quand je suis éreinté, le pieu gaudois m'offre alors la petite mort que je désire. Le lit devient chimère que je chevauche vers les mondes infinis...
Par Christophe
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Dimanche 13 février 2005
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Il y a des mots que l'on adore pour leur beauté ou tous leurs sens.
J'aime la passion, ce mot que l'on susurre pour souligner son goût de l'autre et du savoir.
Le verbe "se délecter" me plaît, pour ses sonorité bizarres et parce qu'il est jusqu'auboutiste dans le plaisir.
"Mort" fascine ; il faut l'aimer pour la dire sans tabous, vivre sans la craindre et enchanter chaque instant.
On évite souvent leurs ennemis, ceux qui vous donnent des frissons.
L'obscurantisme a pour racines les ténèbres rampantes ; il est source du poison.
Le sida aux syllabes piquantes comme des excroissances virales est le fléau présent qui décime l'Afrique ; il donne la mort si l'on aime.
Cette mort que l'on prononce dans un souffle et qui racle la gorge - ça fait vingt ans que je la baise, mais elle m'aura un jour.
Par Christophe -
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Lundi 12 septembre 2005
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2005
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Avez-vous donné des sous au gamin du grand carrefour qui lave les pare-brise ?
C'est un héros américain, celui du rêve récurrent d'une liberté totale : pas de tuteur ni de racines pour ces bouts de chou ; pas de lumière non plus, sinon celle des néons épileptiques.
L'enfer tiède des mégalopoles est le terrain de jeu des gosses des rues du monde entier -- de la grandiloquente cité-décharge vallonnée par les détritus où s'agite un écosystème invisible, où l'horizon rougeoyant disparaît sous les nuées toxiques des fumerolles opaques, jusqu'au cimetière, où le marbre s'enfonce dans la glaise à l'ombre d'arbres immémoriaux, où de jeunes fantômes s'écroulent, ivres de crack, sous l'oeil réprobateur des feux follets.
Qu'ils soient chinois, turcs, colombiens, russes ou zaïrois, français ou américains, les enfants des rues suivent le modèle Scarface : le sexe, la défonce et le vol.
Délaissés, pas encore éduqués, ils sont soumis à la loi du plus fort dans nos jungles urbaines. La mutation s'amorce sous la pression de l'environnement : l'enfant devient chimère, mi humain mi chacal -- une aberration désinhibée, hostile à tout sauf à son gang, son unité élémentaire de survie.
Le gamin enfin mature, son visage arbore un masque de crasse : de la poussière qui fixe les particules des gaz d'échappement. Il a l'esprit dur, affûté comme un poignard de survie. Si sa carcasse purulente est encore bonne à le porter, l'ancien enfant est recyclé par les ordures à col blanc : il a trouvé une famille.
Par Christophe Leduc
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