Commentaire d'actualité

Jeudi 1 décembre 2005
 Aujourd'hui premier décembre, c'est la journée mondiale de lutte contre le sida. A cette occasion, les médias français se réveillent tous et parlent de la maladie. Revue de presse (Libération et le Monde à l'honneur) pour un point sur l'épidémie.
D'une certaine façon, cette journée clôt l'année 2005, celle de la lutte contre le sida déclarée «grande cause nationale» par le premier ministre de l'époque, M. Raffarin; Gérard Bapt, député PS de la Haute-Garonne, se demande si elle n'a pas été «une année pour rien» (dans le Libé d'aujourd'hui, qui a parsemé ses rubriques d'articles divers sur le sida).
 
Ruban rouge
Des dizaines de rubans rouges, symboles de la lutte contre le sida : pour une prise de conscience généralisée (photo D. R.)

Bilan de la pandémie : 7 000 nouveaux séropositifs déclarés en France en 2004 (deux fois plus qu'en 2000), 5 millions de nouvelles contaminations dans le monde. Plus de 40 millions de malades sur Terre, dont 120 000 en France. Depuis le début de la pandémie: 20 millions de morts dans le monde, dont 35 000 en France. 3 millions de morts en 2005, dont 500 000 enfants.

Prévention en France. Dominique de Villepin choisit de «repenser les outils de la politique de prévention». En clair, il préfère «des messages choisis et ciblés en direction des populations les plus exposées» -- homosexuels, immigrés et prisonniers -- à une politique généraliste.  Un choix économique, un effort à saluer, mais cela ne doit pas signifier une prévention amoindrie chez les autres, qui se sentent de moins en moins concernés par le risque depuis la fin des années noires et l'arrivées des trithérapies. Ce genre de déclarations, une prévention réservée à des populations "sexuellement éloignées" des célibataires hétéros de tous âges, de l'éudiant(e) aux business-(wo)men, risque de renforcer chez eux le sentiment qu'ils échappent désormais à la maladie, à la mort possible. Donc l'effort doit être global, et renforcé sur les populations à risques. Le premier ministre a tout de même affirmé qu'il «fallait repenser la politique d'éducation sexuelle, notamment à l'école».
D'après une enquête de l'Agence nationale de recherche sur le sida, rendue publique en novembre 2004, «le niveau de connaissance [des jeunes de 18-24 ans] baisse en 2004» par rapport au début des années 1990. Le sida, de plus en plus présent, fait pourtant moins peur parce qu'il tue moins et qu'on en parle moins qu'à cette époque.
L'enquête souligne également qu'«en 2004, le niveau de différents indicateurs tend à converger entre les classes d’âge, les plus jeunes partageant de plus en plus une représentation sociale du sida proche de celle des plus âgés». Encourageant ou inquiétant? On préférerait une jeunesse qui se démarque franchement des "adultes" par son savoir et son ouverture sur ce sujet capital.

Lycées et latex. A ce propos, Jacques Chirac a souhaité hier qu'on installe des distributeurs de préservatifs à 20 centimes l'unité dans tous les lycées (voila la pensée du chef de l'Etat maintenant qu'il s'éloigne en douceur...roulez jeunesse). Une réunion entre ministre de l'Education, recteurs et fabricants de préservatifs et de distributeurs est prévue sous peu. Jolie initiative, qui rappelle celle des capotes à un franc lancées en 1993, avant de disparaître mystérieusement -- symbole déplorable pour l'opinion, à l'époque on agissait pour la prévention. Si les capotes à un franc ont disparu, quid de la mort et du sida ?... moins visibles... Fêtons leur grand retour (à un changement de monnaie et une faible inflation près) ! Et souhaitons que les distributeurs soient aussi installés dans les universités -- les étudiants ont un peu plus d'argent que les lycéens --quoique-- mais sont plus libertins.

Dans le monde : des millions d'homicides "indirectes" sur le compte des labos pharmaceutiques. Depuis 1997, des laboratoires gouvernementaux (en Thaïlande et au Brésil) ou privés (en Inde) produisent des versions génériques des trithérapies, dix fois moins chères
Mais le virus mute, et les malades développent des résistances face aux traitements. Il faut donc de nouvelles molécules pour les soigner.
Or, les trithérapies de seconde génération (seconde ligne) sont protégées par des brevets pendant vingt ans, que les laboratoires occidentaux refusent de céder aux pays pauvres. Eux n'ont pas les moyens des les offrir à leurs malades.
A ces pays, grâce auxquels ils ne réalisent pas de bénéfices, les grands groupes pharmaceutiques doivent offrir la capacité de produire des génériques, que ce soit fait par l'Etat ou par des sociétés privées.

Encore du fric. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, lancé en 2002, estime ses besoins pour la généralisation des traitements à 17 milliards de dollars par an -- le prix de quelques semaines de guerre en Irak. Actuellement, il reçoit 3,5 milliards de dollars.

Pour aller plus loin.
Sida Info Service : le numéro vert d'information (le 0800-840-800) est aussi une site d'infos.
Sidaction : Sidaction-Ensemble contre le sida, association pour l'aide aux malades, la prévention et la recherche.
AIDES : association de lutte contre le sida : prévention et information.
Act-up Paris : association de lutte contre le sida qui n'a pas sa langue dans sa poche.
ANRS : Agence nationale de recherche sur le sida, hépatites B et C.
CNS :  Conseil national du sida, conseil de réflexion créé en 1989, à l'origine de nombreux rapports (disponibles en ligne).

Par Christophe Leduc
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Vendredi 9 décembre 2005

Grâce au Libération d'aujourd'hui, j'ai pu me pencher sur un dossier que je croyais clos, ou du moins en attente : celui du téléchargement des oeuvres artistiques et des droits d'auteurs sur le net.
Or, une loi risque d'être adoptée sous peu. Présenté en Conseil des ministres en novembre 2003, le projet de loi relatif au droit d'auteur et aux droits voisins dans la société de l'information, n° 1206, plus communément appelé DADVSI, est peu connu mais dangereux ; il "adapte" une directive européenne datée de 2001, la European Union Copyright Directive ou EUCD.



Signez la pétition anti DADVSI

Le site eucd.info a lancé une pétition demandant le retrait de l'ordre du jour parlementaire du projet de loi DADVSI. Signée par plus de 47 000 personnes au 9 décembre.


Rapport de force. Un rapport (proposé exclusivement par le site Audionautes, site de défense des internautes traînés en justice pour téléchargement, qui l'a obtenu on ne sait trop comment) a été présenté officiellement le mercredi 7 décembre par le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique ou CSPLA. Ce conseil, chargé de conseiller le ministère de la Culture en matière de propriété littéraire et artistique, serait selon Ratatium «d'un équilibre douteux» : composé de «deux  représentants des consommateurs, qui font face à trente représentants de professionnels, dont seize défendent les intérêts des auteurs et des producteurs». Seuls les intérêts industriels sont représentés ; les consommateurs ou les indépendants, minoritaires, n'ont pu peser sur les conclusions du rapport. Or il est à la base de la loi DADVSI.
Par exemple, l'idée d'une licence globale a été écartée, soit-disant car elle est inappliquable. La licence globale, c'est une vieille idée, aujourd'hui promue par l'Alliance, une association réunissant consommateurs, monde de l'éducation et artistes :
«une autorisation donnée aux internautes pour accéder à des contenus culturels (musique, images, films, textes) sur Internet et les échanger entre eux à des fins non commerciales en contrepartie d'une rémunération versée aux artistes à l'occasion du paiement mensuel de l'abonnement Internet» (plus de détails ici). La taxe serait optionnelle.
En novembre 2005, l'Alliance a publié une étude juridique sur la licence globale, commandé à l'Institut de Recherche en Droit Privé de l'Université de Nantes -- supposé impartial, donc. L'étude démontre la possibilité de la mise en place d'une telle taxe.


Verrouiller la culture. La mesure phare préconisée par la loi DADVSI : imposer les DRM (les droits numériques, en anglais Digital Rights Management) sur tous les fichiers et CD protégés -- et surtout l'imposer aux logiciels d'échange de fichiers -- afin d'empêcher qu'ils soient copiés. Faire sauter ces protections ; créer un logiciel qui le fasse, le détenir ou en parler, de même que communiquer sur la façon d'arriver à casser ces DRM sera passible de 300 000 euros d'amende et de trois ans de prison. Les peines sont disproportionnées, inapplicables -- j'attends avec impatience les premiers jugements qui fassent jurisprudence en cas d'adoption de la loi, et qui risquent de ne pas aller dans le sens des gouvernements et des lobbys.


Copie privée. Premier problème des DRM : ils empêchent la copie privée garantie par le droit français. Si vous téléchargez légalement un mp3 protégé, vous n'aurez pas le droit de le copier sur votre baladeur, sur votre ordinateur, de le graver sur un CD pour l'autoradio de la voiture. Le nombre de copies sera nul (un seul mp3 qui ne bouge plus...) ou limité, au bon vouloir du vendeur. Idem si vous achetez un CD protégé contre la copie : interdiction de faire sauter la protection pour le copier en mp3 sur votre baladeur, votre autoradio.


Discussion unilatérale. A première vue, on comprend pourquoi les majors et les poids lourds de l'informatique souhaitent l'adoption généralisée des DRM. Les unes verrouillent le marché de la musique (peut-être souhaitent-elle faire acheter au consommateur les mp3 pour son baladeur, puis une chanson pour son téléphone, puis le CD pour son salon, payant trois fois ce qu'il a de droit sans cette loi ?), les autres assurent la promotion de leurs systèmes propriétaires de protection, payants, marché en plein essor. Pourtant, les géants multiplient les coups bas entre eux. Et le combat des titans – trop haut placés pour que le quidam les aperçoivent – porte justement sur... les DRM. Morceaux choisis, rapportés et sourcés dans un article de Linuxfr :

  • Juillet 2004 : «Real avait proposé à Apple d'ouvrir son iPod aux morceaux achetés sur son site de vente de musique en ligne, Rhapsody. Apple avait refusé. Alors Real a décidé de se passer de l'autorisation, et lancera mardi un logiciel qui permettra de transférer les morceaux achetés sur Rhapsody sur le lecteur mp3 d'Apple.» «Les maisons de disques applaudissent.»

  • Septembre 2004 : «Microsoft, confronté au refus d'Apple de lui accorder une licence permettant aux utilisateurs de MSN Music Store de transférer leurs fichiers WMA protégés vers un baladeur Ipod, a publié une page web (...) expliquant comment contourner ses propres DRM pour quand même réussir à transférer un titre téléchargé vers l'Ipod»

  • Septembre 2004 : «c'est au tour de la FNAC d'appeler au contournement de mesures techniques de protection Microsoft.»

Les DRM, oui s'ils emmerdent le citoyen et verrouillent la culture, non s'ils empêchent aux géants de s'en mettre, tous, plein les poches ?


La radio redeviendra-t-elle libre ? Un amendement prévoit également d'appliquer les DRM aux webradios. Alors que ces petites structures peinent à s'imposer, on voudrait leur imposer le cryptage de leur diffusion, afin que le "pirate" ne puisse pas enregistrer les chansons ou émissions, grâce au logiciel StationRipper par exemple. Le cryptage les obligerait à utiliser les logiciels de Real ou de Microsoft, ce qui, en plus de favoriser les monopoles, coûterait trop cher à ces radios associatives. Un  collectif de webradios à mis en place un site contre les DRM, où vous pourrez également signer une pétition.


Survie du logiciel libre. A souligner également, la partie consacrée aux logiciels, qui stipule que sont assimilées à des délits «l'édition, la diffusion et la promotion de tout logiciel susceptible d'être utilisé pour mettre à disposition des informations protégées par le droit d'auteur et n'intégrant pas un dispositif de contrôle et de traçage de l'usage privé (mesure technique). Tout logiciel permettant le téléchargement comme certains logiciels de discussion instantané (chat), tout logiciel serveur est concerné (P2P, HTTP, FTP, SSH, ...)». Ces mesures sont celles d'un amendement proposé par Vivendi Universal. S'il est voté, la SACEM a promis de «faire arrêter de publier [ces] logiciels». La FSF France (Free Software Foundation), association loi 1901 à but non lucratif qui vise à promouvoir et défendre le logiciel libre, s'insurge contre la DADVSI, «pour défendre la libre diffusion de l'information et de la connaissance, pour s'opposer au verrouillage généralisé de la culture et de la connaissance», et pour préserver le logiciel libre.


Mobilisation. Face aux dangers du verrouillage, du cloisonnement du web culturel par les industriels, la Toile s'agite. Le site eucd.info : sauvons le droit d'auteur ! fait référence. En plus de centraliser une somme d'informations et liens sur la loi DADVSI, en fait d'être exhaustif sur le sujet, le site fait pression et organise la mobilisation. Elément central : une pétition demandant le retrait de l'ordre du jour parlementaire du projet de loi DADVSI, à signer.


Le site eucd.info a lancé une pétition demandant le retrait de l'ordre du jour parlementaire du projet de loi DADVSI. Signée par plus de 47 000 personnes au 9 décembre.



Lâcheté, déni, servitude : humeurs. Lâche comme à son habitude, le gouvernement a choisi les dates du 20 et du 21 décembre pour la discussion.
Autant dire que la tranquillité de la séance est assurée en ces temps de fête. Et quelle télévision se risquerait à emmerder, entre deux pubs pour le foie gras, son téléspectateur à l'esprit pétillant de champagne, avec le devenir de la société de l'information (vous savez, ce truc, ex-utopie, dont on a vaguement entendu parler entre le 16 et le 18 novembre 2005, à l'occasion du Sommet international sur la société de l'information qui s'est tenu en Tunisie, dans le domaine du dictateur Ben Ali). Pourtant le sujet est d'importance -- d'ailleurs on peut en général estimer le poids d'une loi impopulaire grâce à la date de son vote. Celle-ci tape donc très fort.
Et pour ne pas prendre de risque, le texte sera examiné en urgence. Histoire qu'un journaleux ne se réveille pas entre deux festins, dans son vomi dans les salons du ministère certes, mais avec l'idée de parler d'une loi liberticide dans ses bonnes résolutions : périmée, enterrée puisque entérinée, la loi DADVSI.
Et puis internet n'intéresse les médias (et donc le grand public, nous glissent-ils) que quand il est réussite économique, facilité pour remplir sa feuille d'impôt, ou danger pour les enfants à la merci des pornocrates et des pédophiles masqués. A la limite quand des "pirates" sont jugés (et généralement relaxés). Les enjeux du développement de ce nouvel outil ne sont pas discutés, en dehors de cercles universitaires restreints. Les journalistes, parce qu'ils ne le comprennent pas ou parce qu'ils ne veulent pas s'impliquer, ne travaillent plus dans la prospective au nom d'une objectivité qui de toute façon n'existe pas, n'existe plus -- surtout chez Bouygues, Dassault, l'Etat... tous ou presque en fait.
Tout ça pour dire que le sujet ne passionne pas les médias généralistes.

Par Christophe Leduc
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Vendredi 9 décembre 2005
 



Enfin ! J'ai trouvé un homme, Serge Tisseron, psychanalyste et psychiatre, qui émet quelque réserve sur le dernier volet cinématographique des aventures d'Harry Potter : la Coupe de feu.

Dans cet article, intitulé "Cruauté ordinaire", paru dans le Monde Diplomatique daté du mois de décembre, l'auteur s'étonne de voir l'élite des pédagogues de l'école, «qui incarnent l'autorité parentale» envoyer Harry Potter, 14 ans, à un tournoi réservé aux meilleurs élèves de plus de 17 ans, sur ordre d'une coupe magique -- qui est facile à truquer, tout le monde le sait. Sachant que l'échec à une épreuve signifie la défaite et la mort.
Pas d'alternative possible, «comme si une situation non prévue par le règlement ne pouvait pas se produire», souligne M. Tisseron.
Une symbolique douteuse : la loi, même truquée par un législateur rusé, n'admet pas discussion. L'auteur va plus loin : «Nous sommes là au coeur de l'inhumanité ordinaire. (...) Elle est une violence sans état d'âme qui se pare des vertus de l'obéissance, voire de la défense de la civilisation.» Et pas un adulte dans le film ne s'insurge contre ce règlement meurtrier, rappelle-t-il.
Comme une odeur nauséabonde «de préparation des spectateurs à accepter de grands sacrifices, voire une certaine inhumanité, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ?» Et reviennent les premières images du films, explosions, champs de cendre -- pour des enfants nés avant 2001.
 Harry Potter sur son trône domine les rêves des enfants... (dessin trouvé sur le site d'Eleonora, une jeune fan italienne)

Harry Potter sur son trône domine les rêves des enfants...

La politique expansionniste américaine ne s'est jamais cachée de son goût pour la culture de masse afin d'endoctriner les foules. Après quelques décennies de propagande US, les premiers créateurs étrangers commencent à reprendre son idéologie -- sciemment ou pas. Ainsi, partout rayonnent les valeurs américaines, acceptables, ou pas.
Harry Potter est peut-être le premier fils culturel de la Vieille Europe (anglaise, tout de même) avec les USA. Peut-être pas. Quelle importance : il y en a, il y en aura.

Le sorcier, avec le succès qu'on lui connaît, va influencer la perception du monde de plusieurs générations. Des enfants, des adultes ne lisent que ces romans. Ils voient ensuite les films, les relisent et les revisionnent à l'envi, en discutent des heures. S'imprègnent alors peut-être d'idées abjectes.

L'analyse de Serge Tisseron prend une teinte particulière aujourd'hui, quand on parle des prisons secrètes de la CIA autour du monde, de zones franches hors législations où la torture est tolérée contre les terroristes islamistes. En ces années où la liberté et le pétrole valent bien une guerre.

Par Christophe Leduc
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Dimanche 11 décembre 2005
Dans cet article du Monde, on apprend que le Pentagone rédige des articles de propagande à l'intention de la presse irakienne. L'Oncle Sam y raconte de jolies histoires sur la vie pendant la guerre  -- vraies, assurent les généraux et Donald Rumsfeld, ce dernier se plaignant qu'on ne donne pas «les bonnes nouvelles» dans les journaux irakiens.
Envoyés en Irak, les papiers sont ensuite traduits en arabe et mis en page par «une agence de relations publiques spécialisée dans les zones de guerre, Lincoln Group, créé en 2003», proche des Républicains et financé par le Pentagone (le Monde). L'agence se charge ensuite grâce à une poignée de dollars de publier la propagande dans nombre de journaux irakiens.
«Certains sont présentés comme des publicités», affirme le Monde. La plupart sont mêlés aux vrais articles, donc.
Le travail de l'agence ne s'arrête pas là : elle organise aussi de joyeux happenings, invitant des journalistes à suivre l'armée américaine sur des opérations séduction (humanitaire, reconstruction). Deux-trois billets côté GI's, quelques-uns pour un article positif et une jolie photo, zou, publication (parfois sans que la direction ne soit au courant de ces pratiques, rassurons-nous).
Récemment, le Lincoln Group s'est offert un journal et une radio : après la petite corruption, on institutionnalise la propagande.

A côté des grands discours de Bush sur l'Amérique, bras (armé) de Dieu, guidant le monde vers la liberté et les peuples opprimés vers la démocratie, on a la sale guerre qui s'éternise, la torture et la propagande.
Un général, Rick Lynch, se défend sur ce point : les USA doivent lutter contre la désinformation d'Al-Qaeda et des insurgés (pas si con le bonhomme, au premier abord). Pour lutter contre la désinformation... on désinforme.
On utilise les mêmes armes que l'opposant terroriste, finalement. D'ailleurs, le général cite un lieutenant de Ben Laden écrivant à Zarkaoui afin de se justifier : «Souviens-toi, la moitié du champ de bataille est le champ de bataille des médias !».

Heureusement qu'en France on ne fait pas la guerre... Enfin, l'Afrique c'est pas vraiment la guerre, l'armée fait de l'humanitaire, et puis sur TF1 et France 2 ils montrent de jolis paysages et de charmants villages, là-bas.

Par Christophe Leduc
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Mardi 13 décembre 2005
Polly Toynbee signe un billet d'humeur qui fait grand bruit à propos du message chrétien du nouveau film de Disney, le Monde de Narnia. Elle est éditorialiste pour le quotidien britannique The Guardian (dont tous les articles et archives sont disponibles gratuitement sur le net, initiative à saluer).
Dans le titre déjà, elle accuse le film de «représenter tout ce qu'il y a de plus détestable dans la religion». Vaste programme, que nous allons un peu détailler.

Narnia surfe sur la vague d'or du Seigneur des Anneaux et des Harry Potter (à propos du sorcier propagandiste, lire ceci) : monde fantastique et grandes aventures. Comme les blockbusters sus-cités, la saga (le film qui sort le 21 décembre en France n'en est que le premier volet) originelle court sur plusieurs tomes -- 7 --, écrits par Clive Staples Lewis (irlandais, chrétien convaincu, ami intime de Tolkien -- qui détestait Narnia, selon Ms Toynbee) dans les années 1950.
Le film est globalement bien accueilli par la critique. Aux Etats-Unis, il s'annonce déjà comme un grand succès du box-office... mais pas seulement.

Maman j'ai vu le Christ, il était beau et puissant comme un lion. Tout le monde s'accorde à dire, tout comme Polly Toynbee, que «Narnia est un étrange mixte de magie, de mythe et de christianisme».  Le lion, l'un des héros, y est le Christ -- ce que «seule la minorité au fait de l'iconographie chrétienne verra», s'inquiète-t-elle.
Par exemple, dans le film, le lion meurt puis ressucite. Ce qui a le don d'énerver l'éditorialiste : «Après une longue, sombre nuit des pleurs de l'âme et des femmes, le lion est soudain vivant à nouveau. Pourquoi ? Comment ? se demandèrent mes enfants. Hé bien, c'est difficile à dire. Ce n'est pas plus sensé dans le conte de C. S. Lewis que dans les évangiles.» Un personnage se fend d'une explication par la «magie profonde», où, commente Ms Toynbee, «le pur sacrifice seul triomphe de la mort».
Et va plus loin dans  le commentaire du film : «Dans Narnia, on retrouve ce christianisme musclé pour l'Amérique, parfaitement Républicain». Ajoutant que le film, comme C. S. Lewis, promeuvent l'idée d'un «Dieu du côté du fort».
En France, combien de parents mèneront leurs enfants au cinéma en connaissant l'idéologie que vante le gentil Monde de Narnia ? Combien sauront capter, expliciter le message du film ? Le plus vraisemblable est que l'ossature évangélisatrice passe inaperçue, noyée sous les images de synthèse chatoyantes. Et que les enfants rêvent longtemps d'une figure christique sous les atours du puissant lion... et qu'ils reçoivent à coeur ouvert, bien préparés, conditionnés dans leur naïveté, le message christique, si possible évangélique et nord-américain. Car comme le disait C. S. Lewis lui-même, son oeuvre a vocation de «rendre plus facile pour les enfants d'accepter le christianisme quand ils le rencontreront, plus tard dans leur vie».

La divine publicité anglo-saxonne. Puisqu'en France, la parole évangélisatrice, surtout dans les divertissements très grand public de Noël -- le traditionnel Disney des vacances de décembre, «profondément manipulateur, comme d'habitude chez Disney», remarque Polly Toynbee -- est plutôt mal percue, le battage médiatique passera sous silence la vocation évangélisatrice du film.
Aux Etats-Unis par contre, Mickey s'est installé sur le parvis de l'Eglise. La promotion du film se fait main dans la main avec les milieux religieux. La Mission America Coalition invite les dirigeants des églises à considérer l'opportunité qu'offre la sortie du film. Jeb Bush, gouverneur de Floride, frère du président émissaire divin, s'arrange en ce moment pour que tous les bambins de l'état lisent le bouquin de Lewis -- entraînant les protestations de l'association Americans United for Separation of Church and State qui défend le premier amendement.
Au Royaume-Uni, Disney a contacté un éditeur évangélique pour promouvoir le message chrétien du film dans les églises britaniques. La radio chrétienne Premier presse les églises de mettre en place des offices sur le thème des évangiles selon Narnia.
Bref, branle-bas de combat autour du film. Disney et les chrétiens se réjouissent d'une telle opportunité, et les partenariats se multiplient donc.

Par Christophe Leduc
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