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Mardi 30 novembre 2004
Toutes les générations se sont unies autour du jeune Morange et de ses camarades, sous la houlette de Gérard Jugnot, le pion sympa. Dans une école de 1949 presque comme les autres, des enfants "difficiles" vont s'évader par le chant ; le petit cancre au coeur tendre deviendra grand en Amérique.

Les plus âgés retrouvent les bancs de l'école d'antan, se régalent de l'atmosphère désuète et des sonneries stridentes ; se voient à nouveau saisir la plume ou chahuter dans les dortoirs. Les plus jeunes de leurs yeux brillants découvrent ces camarades attachants et pas si loin d'eux.
Tous se rassemblent autour d'une chanson ; tous se retrouvent après la projection, sourire aux lèvres, les yeux perdus dans ce passé déjà oublié.

Gérard Jugnot et Christophe Barratier ont concocté là le cocktail parfait : les enfants ; le pion juste et naïf, proche d'eux ; le directeur autoritaire, irascible et violent ; le prof de maths un peu barré, un peu rêveur. Tous susurrent une douce mélopée qui ne peut que flatter des oreilles fermées par la modernité.
On caresse le public, on le flatte ; on le gave de bons sentiments, en frôlant l'indigestion. On sentirait presque le doux parfum des cantines d'époque.
L'atmosphère doucereuse cache des senteurs plus amères. Déjà parce que le film se contente d'une réalisation scolaire et survole des thèmes maintes fois rabâchés. Ensuite parce qu'on peut s'attrister de voir tout un pays fuir vers un passé récupéré et mis en scène.

En ces ères sans repères, on se raccroche à tout; à la facilité surtout. L'école de l'après-guerre est humaine, les élèves sont de petits galopins par voyous pour un sou.
Une école de la vie en rose où les Français se réfugient en ces temps d'éducation malade et de valeurs à l'agonie.
Un film rassembleur qui sent les bonbons et respire la simplicité et "l'authenticité".

Par Christophe ***
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Lundi 21 février 2005
Instantanés de France par quatre étrangers. Côté Europe, Silje (Norvège) et Hans (Pays-Bas). Côté Amérique, Elizabeth (Etats-Unis) et Solange (Argentine). Une exception française dans la grande Europe ?


Pour Elizabeth, l’Européen moyen, « c’est l’eurotrash : un peu bohême, à tendance snob, il veut qu’on pense qu’il est artiste et intelligent ». Avant d’arriver en France, tous avaient leurs propres préjugés. Solange croyait en « une Europe idéale, infiniment mieux gouvernée » que son pays, l’Argentine.
Puis ils sont venus – en train ou en avion. Tous chantent les louanges de la SNCF : « Le train m’a étonnée, explique Solange. Il est joli, très ponctuel et nous emmène partout ». « Et vous avez le TGV », apprécie Hans.
Pendant les trajets, première surprise pour nos visiteurs : « Il y a beaucoup de villages, avec de vieilles maisons aux façades colorées, serrées les unes contre les autres », résume Silje. « La culture transparaît dans les bâtiments anciens », ajoute Solange.
Lors des premières promenades en ville, l’Argentine constate qu’« on utilise les mêmes marques ». « Le monde entier s’habille de la même façon, observe Elizabeth. Même si, de temps en temps, dans la rue, je me dis : celui-là est français ! ».

« La France est toujours considérée comme le pays des plaisirs »
Elizabeth


Besoin de quelque chose ? Silje se plaint des magasins, où « tout prend beaucoup de temps. Les Français et les Européens du Sud ne me semblent pas très productifs ». L’Américaine se plaint de n’avoir « pas toujours un bon serveur au restaurant ». Hans, de son côté, apprécie qu’il y ait « plus de contacts dans les services ».
Il est maintenant l’heure pour nos visiteurs de nouer des amitiés. Le Hollandais se demande « comment savoir s’il faut serrer la main ou faire la bise ? ». Solange est plus tendue : « A Paris, tout le monde me traitait mal parce que je ne parlais pas français ». Des amis d’Elizabeth « étaient méprisés » pour la même raison. Elle se plaint des « mecs trop machos, ils sont insupportables. En discothèque, on a toujours une main sur l’épaule ou sur la hanche… ».
Pour le reste, « il y a une petite barrière lors des premières rencontres, mais elle disparaît vite », raconte Hans. « Il est facile de parler dans les lieux publics », apprécie Silje.
Et ces Français, ont-ils des traits de caractère marquants ? Selon Solange, « ils sont apaisés. Les gens ont le temps ». Mais « ils râlent souvent, s’amuse Hans. Ils y mettent beaucoup d’ironie, comme souvent chez eux ».

« La protection de l’identité culturelle française peut donner l’exemple pour l’Union »
Hans


Selon lui, « Français et Européens sont doux et diplomates, ils prennent le temps de parler. Et il existe un sentiment du collectif…Par rapport aux Etats-Unis, il y a clairement une culture européenne sur les problèmes de société », poursuit-il. Une culture du débat, entre différents points de vue plus ou moins libéraux. Et « la France est au centre de l’Europe, géographiquement comme dans ses prises de positions », conclut Hans. Une Europe « au centre du monde, considère Solange. Alors elle doit s’occuper de beaucoup de choses - la paix par exemple ».
Et l’Européen dans tout ça ? Pour Hans, il est au centre de cercles de plus en plus grands, et espacés : « d’abord sa ville, puis sa région, son pays, et enfin l’Europe ». « Le sentiment d’être Européen va grandir, l’Union va influencer de plus en plus ses habitants, et l’étranger », affirme Silje. « Aujourd’hui, ce sentiment est déjà très fort entre les gouvernements », estime Solange. Pour le reste, n’oublions pas que « les gens ici ont le temps ».

Par Christophe Leduc
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Lundi 11 avril 2005

La révolution informatique a bien eu lieu... et chacun doit s'adapter à une nouvelle manière d'apprendre et de travailler. Thierry Baccino, professeur de psychologie cognitive et ergonomique à l'université de Nice Sophia-Antipolis, ne partage pas «cette vision où l'on apprend aux gens à utiliser un outil peu ergonomique» ; selon lui, «il faut adapter l'outil».


Des contrats nationaux et européens ont permis de financer les recherches du laboratoire de psychologie expérimentale et quantitative (LPEQ), basé à Saint-Jean d'Angély, à Nice, et dirigé par Sylvane Faure.



Autour de la lecture sur écran informatique, l'équipe de psychologie cognitive et ergonomique, menée par Thierry Baccino, développe plusieurs axes de réflexion.
A la base des recherches : l’expérimentation. Deux types d’appareils permettent d’effectuer des mesures très diffèrentes :
- les oculomètres permettent de retracer le chemin parcouru par les yeux sur la page web, la vidéo... le contenu présenté. D’autres données permettent d'affiner le «pistage» du regard (eye-tracking) : clignement des yeux, etc.
- l’électroencéphalographe, par le biais d'un casque à électrodes, délivre une carte du cerveau, de ses zones activées ou inhibées pendant la lecture.

But : trouver l'intrus. Les mouvements oculaires sont enregistrés. (photo C. Leduc)



L'électroencéphalographe ? Illustration. (photo C. Leduc)

L’utilisation conjointe des instruments permet à cette équipe pluridisciplinaire d’explorer deux aspects de la recherche :
- une approche fondamentale, dans le domaine de la psychologie cognitive : le projet étend la connaissance des processus de lecture et de compréhension d’un contenu électronique. Le but est de mieux appréhender le fonctionnement de l’attention.
- une approche appliquée, qui vise à adapter à tout utilisateur l’ergonomie des contenus (sites web, présentations...), c’est-à-dire à les adapter à nos outils mentaux.
Le laboratoire travaille par exemple sur la façon de lier des sources d’informations différentes (son, vidéo, texte...). L’objectif est d'optimiser l’apprentissage, de proposer un contenu multimodal (multimédias) cohérent avec les capacités de l'usager.
Pour le futur, Thierry Baccino envisage la création d’interfaces adaptatives, qui repèrent les difficultés de l’utilisateur –en voyant que son regard s'attarde sur un mot, ou cherche autour– et lui proposent spontanément l’aide appropriée.

Le professeur est « persuadé que l’apprentissage a un avenir sur les réseaux électroniques ». Reste à améliorer les outils.

Par Christophe Leduc
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Jeudi 19 mai 2005

Niché entre France et Italie, au Nord-Est des Alpes-Maritimes, le musée des Merveilles du village de Tende sert de base aux explorateurs du riche passé archéologique de la région. Entrez dans l’antre du taureau...



Depuis des millénaires, dans le parc national du Mercantour de la région PACA, trois sommets fascinent les hommes : le Mont Capelet, la Cime du Diable et le Mont Bégo – qui culmine à 2 872 mètres. Ils forment le Grand Triangle.
L’endroit, qu’on a longtemps cru enchanté, abrite plus de 40 000 gravures, fruit du travail des indigènes depuis 4 000 ans, soit la fin du néolithique.
Les soirs d’orage, quand les hommes se terrent, le Grand Triangle accroche de ses cimes les plus épais nuages. Le tonnerre gronde avant de déverser l’eau nourricière sur le Mont Bégo.
La pluie, sacralisée, devient la semence d’un fécond dieu taureau, que les hommes d’alors honorent, jusqu’à la fin de l’âge de Bronze, en gravant des symboles sur les tendres roches de la déesse de la Terre – la fertile Bégo.



Les poignards divins s'entrechoquent pour engendrer l'éclair... (photo C. Leduc)



Le musée des Merveilles de Tende expose le patrimoine archéologique du Grand Triangle. Autour des gravures rupestres de la région du Mont Bégo, des évènements culturels, et, tous les dix mois, une exposition temporaire, complètent l’exposition permanente. Celle-ci se compose de reproductions des scènes et personnages passés, d’objets divers et surtout de morceaux et de copies des roches gravées. Un guide passionné conte aux visiteurs l’histoire de ce culte qui perdure.



Durant les premiers temps, les fidèles inscrivent dans le schiste et le grès de simples pictogrammes : la tête de l’animal admiré, ou des champs stylisés. Avec le temps, on en arrive à des gravures plus complexes, qui multiplient les symboles pour dégager du sens : les idéogrammes. On mêle les signes connus pour signifier l’action de la semence taurine sur les terres agricoles.
Le culte évolue ensuite vers la représentation des armes : poignards – symboles phalliques du pouvoir – et hallebardes – lances pour approcher la divinité.
On en arrive à la représentation des anthropomorphes... et aux idéogrammes complexes. Un tableau captivant est gravé sur une stèle torréiforme, dressée par les indigènes pour leurs divinités. On y voit d’un côté le sensible, les hommes, petits, avec leurs champs et leurs armes de pouvoir ; d’un autre l’intelligible et son dieu immortel...


Le musée propose de nombreuses reproductions des roches gravées (photo C. Leduc)



La visite se poursuit, le culte grandit, la symbolique se densifie. Les païens romains, les bandits du Moyen-Age et les bergers du vingtième siècle entretiennent la flamme ésotérique et l’art de la gravure. Récemment, deux tours fracassées sont apparues sur les parois de la divine Bégo. Et, dans la région, on raconte qu’on glisse encore dans le berceau des taureaux sculptés dans le bois, pour protéger le nouveau-né...


Didactique et ludique, le musée des Merveilles multiplie les initiatives et les présentations originales et soignées pour conter à ses visiteurs l’histoire du Grand Triangle, jadis maudit, devenu pain bénit, tant pour les affamés d’archéologie que pour les néophytes repus.



Par Christophe Leduc
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Vendredi 20 mai 2005
Yves Caumon était au Festival de Cannes, en 2005, afin de présenter Cache-cache, sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs. C'est le second long-métrage du réalisateur, qui a obtenu en 2001 le prix Un certain regard pour Amour d'enfance.

"L'histoire de Cache-cache est partie d'un rêve, dans lequel je me trouvais au fond d'un puits... et j'étais bien. Je voyais un rond de ciel où des choses passaient, puis se cachaient."
Quand le songe devient un film, le réalisateur met à sa place Raymond, orphelin quadragénaire, fils d'agriculteurs. Le jour où des citadins s'installent dans sa demeure à l'abandon qu'il squatte depuis des années, le solitaire, dépossédé pour dettes, se réfugie dans le trou.

Raymond fuit les nouveaux propriétaires (photo © Les Films du Losange)

 

Raymond sort la nuit pour manger, et vit dans l'ombre du bonheur de Frédéric et Caroline, rythmé par les cris des enfants et les jappements de Zazou. Au travers de scènes cocasses et parfois inventives, les gamins se prennent au jeu avec le fantôme amical, qui peu à peu reprend ses aises sur le domaine familial.
Raymond, "une intrusion du cinéma muet dans le sonore, une intrusion de l'ancien temps", comme le définit M. Caumon, promène ses yeux écarquillés de "perpétuel étonné" sur les tours des enfants et la vie de famille ; s'approche toujours plus... jusqu'à la rencontre.

Inutile de creuser trop profond : le réalisateur refuse "la théorisation de la chose" pour s'en tenir à une tranche de vie lumineuse, exempte de fioritures et de discours. Les mimiques du muet, les bêtises des enfants, les gaffes de papa et la grâce de maman - la délicieuse Lucia Sanchez - s'écoulent dans un ruisseau limpide : la vie simple et heureuse.


Cache-cache, 1h31, comédie dramatique d'Yves Caumon (France, 2005), avec Bernard Blancan, Lucia Sanchez

Par Christophe Leduc
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Défouloir intempestif
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