[en cours] Nouvelle I - Prologue

Publié le par Christophe Leduc

Il est prostré en vrac dans un coin de cellule. Ses yeux injectés de sang sont comme hypnotisés par la lumière rouge crade qui se répand depuis le sol, ces lueurs amarante qui rampent vers les sombres parois pour noyer le taulard dans ses abîmes oubliés.
L'Autorité en avait marre d'offrir une incarcération trop agréable à ses détenus ; Elle a mobilisé une armée de neuropsychiatres du monde entier pour aboutir à ces cachots cauchemardesques, censés "ramener l'inadapté à une perception normalisée, après l'abnégation de son instinct bestial".
Dans le monde physique il ne bouge plus, dans sa psyché la ronde macabre des cryptodémons le porte jusqu'à la transe.


*********



"- Bizarre, ce nouveau taulard.
- T'as vu ?! Y bouge plus."

Deux mecs dans une cabine en verre. La lumière des diodes et des divers témoins se mêle à celle des écrans de contrôle ; les reflets des faisceaux et des halos peignent leur univers sur les vitres de la prison des matons.

"- Tu devrais arrêter de l'appeler taulard... Hier, l'Autorité nous a filé une circulaire de rappel à l'ordre.
- Je sais... Mais taulard ou inadapté, c'est pareil pour moi - l'est quand même enfermé."

Quelques secondes où les gardiens se perdent dans la contemplation du prisonnier...

"- Ca commence à devenir inquiétant. T'as noté l'heure où il s'est foutu dans le coin ?
- Ouais, ouais."

Il s'approche de l'immense bureau pour prendre la première feuille d'un amas de notes éparpillées jusqu'entre les consoles et les leviers de commande.

"- 23h46 environ.
- Et il est ?
- Une heure moins vingt. Fais péter son dossier, j'l'ai pas encore maté.
- T'aurais dû : y'a tout. Ce mec-là est vraiment à l'ouest... Apparemment, il a pété les plombs un soir ; le lendemain il arrivait chez nous et balançait le roman de sa journée. J'ai jeté un oeil, c'est quasi illisible - trop de détails à la con. Mais les psys ont trippé, ils sont en train de tout décortiquer.
- Et y sort d'où ? J'l'ai jamais vu à la télé. Ca doit être un mec important, pour qu'ils nous l'envoient.
- Un résistant, quelque chose comme ça. Il est né Bleu, mais vivait en Zone Noire depuis cinq-six ans. Il travaillait officiellement pour l'Office du voyage virtuel en zone sauvage. Dans son manuscrit, il avoue avoir bossé pour la Nuit du Sud...
- Une feuille de chou libertaire, ou un truc comme ça, non ? Je crois qu'on a déjà eu un priso... merde ! un inadapté qui en parlait.
- Ouais, le vicomte de Nordakis. Fou à lier, ce Bleu-là. Bref... Ce canard a été toléré pendant longtemps par l'Autorité parce qu'il servait de défouloir aux Elites Eclairées. Mais le torchon "poil à gratter masturbatoire" a commencé à sérieusement leur irriter le trou du cul. Depuis quelques jours, les officiels filaient l'inadapté, d'où son rapatriement express. Ils l'ont serré après qu'il ait tenté un truc pas clair.
- Vais jeter un oeil. On fait quoi en attendant, pour lui ? On le laisse croupir ou on prévient le boss ?
- Y bouge toujours pas... Moi j'dis, y'a rien qui presse. Il doit dormir, ou être en manque de je ne sais quelle merde."

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Publié dans Fiction

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