Le temps des merveilles

Publié le par Christophe Leduc

Niché entre France et Italie, au Nord-Est des Alpes-Maritimes, le musée des Merveilles du village de Tende sert de base aux explorateurs du riche passé archéologique de la région. Entrez dans l’antre du taureau...



Depuis des millénaires, dans le parc national du Mercantour de la région PACA, trois sommets fascinent les hommes : le Mont Capelet, la Cime du Diable et le Mont Bégo – qui culmine à 2 872 mètres. Ils forment le Grand Triangle.
L’endroit, qu’on a longtemps cru enchanté, abrite plus de 40 000 gravures, fruit du travail des indigènes depuis 4 000 ans, soit la fin du néolithique.
Les soirs d’orage, quand les hommes se terrent, le Grand Triangle accroche de ses cimes les plus épais nuages. Le tonnerre gronde avant de déverser l’eau nourricière sur le Mont Bégo.
La pluie, sacralisée, devient la semence d’un fécond dieu taureau, que les hommes d’alors honorent, jusqu’à la fin de l’âge de Bronze, en gravant des symboles sur les tendres roches de la déesse de la Terre – la fertile Bégo.



Les poignards divins s'entrechoquent pour engendrer l'éclair... (photo C. Leduc)



Le musée des Merveilles de Tende expose le patrimoine archéologique du Grand Triangle. Autour des gravures rupestres de la région du Mont Bégo, des évènements culturels, et, tous les dix mois, une exposition temporaire, complètent l’exposition permanente. Celle-ci se compose de reproductions des scènes et personnages passés, d’objets divers et surtout de morceaux et de copies des roches gravées. Un guide passionné conte aux visiteurs l’histoire de ce culte qui perdure.



Durant les premiers temps, les fidèles inscrivent dans le schiste et le grès de simples pictogrammes : la tête de l’animal admiré, ou des champs stylisés. Avec le temps, on en arrive à des gravures plus complexes, qui multiplient les symboles pour dégager du sens : les idéogrammes. On mêle les signes connus pour signifier l’action de la semence taurine sur les terres agricoles.
Le culte évolue ensuite vers la représentation des armes : poignards – symboles phalliques du pouvoir – et hallebardes – lances pour approcher la divinité.
On en arrive à la représentation des anthropomorphes... et aux idéogrammes complexes. Un tableau captivant est gravé sur une stèle torréiforme, dressée par les indigènes pour leurs divinités. On y voit d’un côté le sensible, les hommes, petits, avec leurs champs et leurs armes de pouvoir ; d’un autre l’intelligible et son dieu immortel...


Le musée propose de nombreuses reproductions des roches gravées (photo C. Leduc)



La visite se poursuit, le culte grandit, la symbolique se densifie. Les païens romains, les bandits du Moyen-Age et les bergers du vingtième siècle entretiennent la flamme ésotérique et l’art de la gravure. Récemment, deux tours fracassées sont apparues sur les parois de la divine Bégo. Et, dans la région, on raconte qu’on glisse encore dans le berceau des taureaux sculptés dans le bois, pour protéger le nouveau-né...


Didactique et ludique, le musée des Merveilles multiplie les initiatives et les présentations originales et soignées pour conter à ses visiteurs l’histoire du Grand Triangle, jadis maudit, devenu pain bénit, tant pour les affamés d’archéologie que pour les néophytes repus.



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