Harry Potter propagandiste

Publié le par Christophe Leduc

 



Enfin ! J'ai trouvé un homme, Serge Tisseron, psychanalyste et psychiatre, qui émet quelque réserve sur le dernier volet cinématographique des aventures d'Harry Potter : la Coupe de feu.

Dans cet article, intitulé "Cruauté ordinaire", paru dans le Monde Diplomatique daté du mois de décembre, l'auteur s'étonne de voir l'élite des pédagogues de l'école, «qui incarnent l'autorité parentale» envoyer Harry Potter, 14 ans, à un tournoi réservé aux meilleurs élèves de plus de 17 ans, sur ordre d'une coupe magique -- qui est facile à truquer, tout le monde le sait. Sachant que l'échec à une épreuve signifie la défaite et la mort.
Pas d'alternative possible, «comme si une situation non prévue par le règlement ne pouvait pas se produire», souligne M. Tisseron.
Une symbolique douteuse : la loi, même truquée par un législateur rusé, n'admet pas discussion. L'auteur va plus loin : «Nous sommes là au coeur de l'inhumanité ordinaire. (...) Elle est une violence sans état d'âme qui se pare des vertus de l'obéissance, voire de la défense de la civilisation.» Et pas un adulte dans le film ne s'insurge contre ce règlement meurtrier, rappelle-t-il.
Comme une odeur nauséabonde «de préparation des spectateurs à accepter de grands sacrifices, voire une certaine inhumanité, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ?» Et reviennent les premières images du films, explosions, champs de cendre -- pour des enfants nés avant 2001.
 Harry Potter sur son trône domine les rêves des enfants... (dessin trouvé sur le site d'Eleonora, une jeune fan italienne)

Harry Potter sur son trône domine les rêves des enfants...

La politique expansionniste américaine ne s'est jamais cachée de son goût pour la culture de masse afin d'endoctriner les foules. Après quelques décennies de propagande US, les premiers créateurs étrangers commencent à reprendre son idéologie -- sciemment ou pas. Ainsi, partout rayonnent les valeurs américaines, acceptables, ou pas.
Harry Potter est peut-être le premier fils culturel de la Vieille Europe (anglaise, tout de même) avec les USA. Peut-être pas. Quelle importance : il y en a, il y en aura.

Le sorcier, avec le succès qu'on lui connaît, va influencer la perception du monde de plusieurs générations. Des enfants, des adultes ne lisent que ces romans. Ils voient ensuite les films, les relisent et les revisionnent à l'envi, en discutent des heures. S'imprègnent alors peut-être d'idées abjectes.

L'analyse de Serge Tisseron prend une teinte particulière aujourd'hui, quand on parle des prisons secrètes de la CIA autour du monde, de zones franches hors législations où la torture est tolérée contre les terroristes islamistes. En ces années où la liberté et le pétrole valent bien une guerre.

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F
Je viens de retrouver ma vieille édition d'Alice, si ça t'interesse je te la filerai la prochaine fois qu'on se voit. Peut-être alors pourras-tu m'expliquer les paroles de Noir Désir dans la chanson "Alice"...
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C
Bien sûr que ce que cherchent les lecteurs, c'est l'aventure et un monde merveilleux. Mais toute oeuvre est porteuse de sens, d'une morale - a fortiori un livre pour enfants qui raconte un monde créé de toutes pièces, donc aux valeurs différentes du nôtre.<br /> Ce qu'on lit enfant nous influence grandement. Dans le cas d'Harry Potter, que l'on lit, que l'on voit en films, que l'on relit etc. l'influence est forte... Les parents, et les chercheurs doivent se pencher sur le sens que dégage l'oeuvre.<br /> <br /> A propos des exemples que tu cites, Disney adapte les contes pour enfants à sa vision rose et manichéenne (dans le meilleur des cas..). Alice au pays des merveilles (que je n'ai pas lu...) est cité par Gainsbourg dans une chanson très érotique, et je me demande si la navigation dans le pays des merveilles ne cache pas quelque chose (en plus de préfigurer la navigation hypertextuelle sur le net).<br /> En ce moment, les Chroniques de Narnia, produites par Disney sont sujettes à polémique. L'auteur du bouquin originel voulait en faire une oeuvre qui préparât les gosses à recevoir le message christique (citation approximative). Une éditorialiste du quotidien Guardian accuse le film de prendre et de vanter de manière sous-jacente le pire de la religion chrétienne.<br /> <br /> Bref, peut-être que l'auteur extrapole un peu, et encore, mais attention à la symbolique des oeuvres pour enfant, qui influencent forcément la vision du monde de l'adulte.
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F
Je pense que cet homme n'a pas lu les bouquins. Ce que recherchent les lecteurs, c'est avant tout l'envol vers un autre monde, inconnu mais tellement bien raconté. Même adultes, on aimerait se retrouver à la place du petit sorcier qui vit des aventures fabuleuses. Ces aventures, bien que plus "dark" dans les derniers épisodes, restent avant tout un grand conte de fées. Si on écoute ce genre de propos, alors on peut extrapoler ! Le film "bambi" est cruel car sa mère se fait sauvagement buter par un méchant chasseur, et les lecteurs d'"Alice au pays des merveilles" vont croire que les lapins portent des montres à gousset.... Non?
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