Alain le Gouguec, journaliste et cadre à France Inter
Idéalisme rangé
« Je viens d'un milieu modeste, ma mère est tzigane et illettrée. Je me suis affranchi par le français, et c'est une langue que j'aime. » Une origine peu banale pour un journaliste ayant gravi tous les échelons de la profession, jusqu'à devenir numéro deux de la rédaction de France Inter – et « gardien de la langue » en son sein. Et une influence certaine sur sa carrière : Alain Le Gouguec, « immigré de l'intérieur », veut « être naïf. Ça permet d'avoir une candeur et un regard neuf sur les choses. » Il se revendique « enfant de la République française, voulant encore croire en Liberté, Égalité, Fraternité. »
Idéaliste, notre interlocuteur ? L'adolescent puis le jeune homme l'ont été : « J'étais gauchiste, j'étais trotskiste. » Il entre dans la presse par la petite porte rouge ; évolue dans « ce milieu très paranoïaque... qui m'a peut-être apporté la vigilance », constate-t-il. La suite de sa carrière se fait dans des publications moins orientées – la Dépêche du Midi, ou le Nouvel Observateur. Qu'en-est-il aujourd'hui de l'engagement ? Alain Le Gouguec cite une étudiante béninoise qu'il a rencontrée il y a peu, souhaitant une presse « de militants oui, d'activistes non ». Avant de préciser que les journalistes se doivent d'être, « tous, des militants de la vérité » – puisqu'elle « nous rend libres », dit-on depuis l'apôtre Jean.
Il s'installe ensuite à la radio, pour ne plus la quitter. Moitié par choix, moitié par obligation : « Il est souvent difficile de passer de l'audiovisuel à la presse. » Les journalistes des ondes, habitués à travailler vite, sont considérés par leurs homologues de l'écrit comme « peu sérieux ». Eux « se piquent de littérature », ils travaillent seuls et se veulent plus complets.
Malgré quelques tentations, l'homme est amoureux fou de la radio. D'abord rédacteur, celui qui a « la bougeotte » – « je change souvent d'occupation, je connais tous les postes », explique-t-il – devient grand reporter. Il parcourt l'Europe de l'Est pour France Inter à la fin des années quatre-vingt, couvrant ainsi les prémices de la Chute du Mur de Berlin. Plus tard, il travaille pour Africa n°1, une radio panafricaine – sur « un continent dont on a du mal à revenir », soupire-t-il.
Avant et après l'exercice du grand reportage, Alain Le Gouguec s'est consacré à un genre de ”journalisme assis” : l'encadrement et la direction. Ils prennent peu à peu une part importante de son temps – malgré la « nécessité de reprendre un Nagra pour dire ”fuck” » aux subordonnés remettant en cause, quotidiennement, son talent de journaliste. Il n'oublie pas le plaisir du grand reportage, qu'il espère retrouver un jour à temps plein.
Par ce travail il évolue : « Les reporters sont chiants, ce sont des gueulards ». Le cadre précise « avoir surmonté un certain nombre d'états d'âme », pour ordonner et régler les problèmes techniques et humains, les querelles de personnes dans « ce collectif formé d'individualités : (...) les journalistes sont individualistes et ils se bouffent le nez. »
Son autorité s'est toujours inscrite dans un cadre strict : « Pour un journaliste, les seules choses contestables sont la déontologie et l'éthique. » Face à des revendications, il va « chercher les réponses dans la charte : elles y sont quasiment toutes ». Face aux pressions, toujours la charte de 1918, parfois la convention collective d'une entreprise de presse. Les pressions politiques ? Alain Le Gouguec refuse de s'étendre, affirme leur existence et se contente d'un exemple : « Je n'ai pas à subir ça ; dans certaines rédactions elles existent parce qu'auparavant celles-ci étaient l'organe de partis. ». Mais surtout... « on est pourri par la com' », s'emporte-t-il. Les journalistes reçoivent des servants du marketing un flux cristallin et permanent d'informations – dossiers de presse, rencontres, petites phrases, etc. Illustration : « Les hommes politiques sont entourés par une armée de communiquants qui vont leur glisser les mots pour faire mouche ou faire ”peuple”. »
Deux rôles, « deux séductions face à face. Parfois elles ne s'annulent pas » ; il en résulte « une connivence, qui commence par le copinage, le tutoiement – ou au plumard ». Il s'agit face aux pressions commerciales de « garder ses distances ».
« Constamment, trouver le moyen de réfléchir à nos pratiques professionnelles » : Alain Le Gouguec fixe là une règle de base. Ce recul sur le métier, il l'acquiert en s'éloignant des rédactions. Dans les années 1990 en enseignant au Centre de formation des journalistes de Paris, plus tard dans des universités étrangères. « Je conseille à tous les journalistes d'enseigner à un moment ; cela permet de progresser. » Il a déjà quitté la radio et les journaux pour l'étude des médias. Un aperçu de ses constatations ? « Chacun se copie et regarde dans la même direction. »
Aujourd'hui, à cinquante et un ans, celui qui a « accordé l'essentiel de [son] temps à ce métier » est « joker de luxe », à France Inter – comprendre remplaçant de prestige pour les émissions de la station. À présent, « ma femme a parfois l'impression d'être marié à un chômeur », s'amuse-t-il. Une accalmie avant de se lancer dans un nouveau défi ?
Idéaliste, notre interlocuteur ? L'adolescent puis le jeune homme l'ont été : « J'étais gauchiste, j'étais trotskiste. » Il entre dans la presse par la petite porte rouge ; évolue dans « ce milieu très paranoïaque... qui m'a peut-être apporté la vigilance », constate-t-il. La suite de sa carrière se fait dans des publications moins orientées – la Dépêche du Midi, ou le Nouvel Observateur. Qu'en-est-il aujourd'hui de l'engagement ? Alain Le Gouguec cite une étudiante béninoise qu'il a rencontrée il y a peu, souhaitant une presse « de militants oui, d'activistes non ». Avant de préciser que les journalistes se doivent d'être, « tous, des militants de la vérité » – puisqu'elle « nous rend libres », dit-on depuis l'apôtre Jean.
Il s'installe ensuite à la radio, pour ne plus la quitter. Moitié par choix, moitié par obligation : « Il est souvent difficile de passer de l'audiovisuel à la presse. » Les journalistes des ondes, habitués à travailler vite, sont considérés par leurs homologues de l'écrit comme « peu sérieux ». Eux « se piquent de littérature », ils travaillent seuls et se veulent plus complets.
Malgré quelques tentations, l'homme est amoureux fou de la radio. D'abord rédacteur, celui qui a « la bougeotte » – « je change souvent d'occupation, je connais tous les postes », explique-t-il – devient grand reporter. Il parcourt l'Europe de l'Est pour France Inter à la fin des années quatre-vingt, couvrant ainsi les prémices de la Chute du Mur de Berlin. Plus tard, il travaille pour Africa n°1, une radio panafricaine – sur « un continent dont on a du mal à revenir », soupire-t-il.
« se blinder sans devenir cruel ni impitoyable »
Avant et après l'exercice du grand reportage, Alain Le Gouguec s'est consacré à un genre de ”journalisme assis” : l'encadrement et la direction. Ils prennent peu à peu une part importante de son temps – malgré la « nécessité de reprendre un Nagra pour dire ”fuck” » aux subordonnés remettant en cause, quotidiennement, son talent de journaliste. Il n'oublie pas le plaisir du grand reportage, qu'il espère retrouver un jour à temps plein.
Par ce travail il évolue : « Les reporters sont chiants, ce sont des gueulards ». Le cadre précise « avoir surmonté un certain nombre d'états d'âme », pour ordonner et régler les problèmes techniques et humains, les querelles de personnes dans « ce collectif formé d'individualités : (...) les journalistes sont individualistes et ils se bouffent le nez. »
Son autorité s'est toujours inscrite dans un cadre strict : « Pour un journaliste, les seules choses contestables sont la déontologie et l'éthique. » Face à des revendications, il va « chercher les réponses dans la charte : elles y sont quasiment toutes ». Face aux pressions, toujours la charte de 1918, parfois la convention collective d'une entreprise de presse. Les pressions politiques ? Alain Le Gouguec refuse de s'étendre, affirme leur existence et se contente d'un exemple : « Je n'ai pas à subir ça ; dans certaines rédactions elles existent parce qu'auparavant celles-ci étaient l'organe de partis. ». Mais surtout... « on est pourri par la com' », s'emporte-t-il. Les journalistes reçoivent des servants du marketing un flux cristallin et permanent d'informations – dossiers de presse, rencontres, petites phrases, etc. Illustration : « Les hommes politiques sont entourés par une armée de communiquants qui vont leur glisser les mots pour faire mouche ou faire ”peuple”. »
Deux rôles, « deux séductions face à face. Parfois elles ne s'annulent pas » ; il en résulte « une connivence, qui commence par le copinage, le tutoiement – ou au plumard ». Il s'agit face aux pressions commerciales de « garder ses distances ».
« on est impatient quand on est jeune, et c'est une erreur parfois »
« Constamment, trouver le moyen de réfléchir à nos pratiques professionnelles » : Alain Le Gouguec fixe là une règle de base. Ce recul sur le métier, il l'acquiert en s'éloignant des rédactions. Dans les années 1990 en enseignant au Centre de formation des journalistes de Paris, plus tard dans des universités étrangères. « Je conseille à tous les journalistes d'enseigner à un moment ; cela permet de progresser. » Il a déjà quitté la radio et les journaux pour l'étude des médias. Un aperçu de ses constatations ? « Chacun se copie et regarde dans la même direction. »
Aujourd'hui, à cinquante et un ans, celui qui a « accordé l'essentiel de [son] temps à ce métier » est « joker de luxe », à France Inter – comprendre remplaçant de prestige pour les émissions de la station. À présent, « ma femme a parfois l'impression d'être marié à un chômeur », s'amuse-t-il. Une accalmie avant de se lancer dans un nouveau défi ?
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