Conférence de Pierre Desfassiaux, journaliste à la Voix du Nord et secrétaire national du SNJ

Publié le par Christophe Leduc

Nouveaux combats du syndicalisme


Pierre Desfassiaux était à Cannes vendredi 30 septembre, à l'occasion d'une conférence sur le syndicalisme dans les entreprises de presse. Secrétaire du Syndicat national des journalistes (SNJ, majoritaire), spécialisé dans les concentrations d'entreprises et la formation, ce journaliste à la Voix du Nord a expliqué aux étudiants de l'IUT de journalisme de Cannes son quotidien de combats pour « la défense des intérêts matériels et moraux » de ce « métier à haute responsabilité sociale ».



Quand un élève lui demande ce que c'est qu'être syndicaliste aujourd'hui, M. Desfassiaux détourne la question : « Comment ne pas être syndicaliste ? C'est vivre pleinement sa profession ». Avant d'y revenir plus tard : « Il est là pour parler vrai, dans toutes les circonstances ». Lui ne croit pas en « un journaliste qui reste en dehors des combats quotidiens », mais en un militant.

Deux phénomènes touchent aujourd'hui tous les secteurs de l'économie : la précarisation de l'emploi et la concentration des entreprises.
Contre la multiplication des emplois précaires, « un signe des temps, inscrit dans toutes les professions », Pierre Desfassiaux ne voit « qu'une solution : la vigilance des organisations syndicales », au cours des réunions des comités d'entreprises et autres, ou lors de la lecture des contrats d'embauche – parfois illégaux – proposés aux débutants.
Autre sujet d'inquiétude : la fusion des entreprises de presse au sein de grands groupes – Dassault par exemple – pour lesquels le journalisme n'est souvent pas une vocation première. Selon Pierre Desfassiaux, il faut agir « au niveau législatif pour éviter le caractère excessif des concentrations », car le problème est d'envergure. Le pluralisme de l'information est en jeu. En France, « nous n'avons plus de texte qui protège la presse » ; alors qu'« en Allemagne, il y a des lois anticartels, et qu'en Angleterre, il faut l'accord du premier ministre sur certains gros dossiers ».

Spécificité du domaine de la lutte

« Face au pouvoir économique, il faut un pouvoir des rédactions », affirme le syndicaliste. Il revendique la possibilité du refus par les journalistes d'un nouveau rédacteur en chef, à l'image de ce qui se fait en Belgique. Plus largement, il prône l'institution d'une charte rédactionnelle stricte pour chaque publication, charte pouvant servir d'appui pour les litiges avec la hiérarchie et pour résister aux assauts, parfois directs, parfois insidieux, de la publicité et du marketing.
Pierre Desfassiaux estime « qu'il serait bien que des sociétés de lecteurs se mettent aussi en place, pour donner leur point de vue sur les titres qu'ils lisent ». Les journaux font aujourd'hui appel à des spécialistes pour une lecture critique de leur production, mais le syndicaliste juge que « leurs conclusions correspondent à une politique mise au point avant ces études ».

Face aux problèmes, « on voit quand même les journalistes se serrer les coudes au-delà des organisations syndicales », constate M. Desfassiaux. Les thèmes abordés et les idées lancées durant cette conférence sont reprises et développés, avec d'autres, dans un rapport du Conseil économique et social intitulé « Garantir le pluralisme et l'indépendance de la presse quotidienne pour assurer son avenir », publié en juillet 2005 (et disponible ici). Pierre Desfassiaux a été entendu pour sa préparation.

Fin de la rencontre ; le militant n'a pas manqué de souligner qu'il appartiendra plus tard aux jeunes encore en formation de défendre les acquis et de mener de nouveaux combats. Chacun repart avec quelques tracts entre les mains.

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