Chirac est-il sage ou hypocrite ?
Jacques Chirac mérite-t-il votre pardon pour ses déclarations passées ? L'actuel président de la République française, vieillissant, a-t-il atteint la sagesse après de longues errances ? Ou bien est-il un expert du retournement de veste...
Petite confrontation verbale entre passé et présent, sur deux dossiers sensibles : les émeutes des banlieues et le «rôle positif» de la «présence française» dans les colonies, décidé par l'UMP.
Petite confrontation verbale entre passé et présent, sur deux dossiers sensibles : les émeutes des banlieues et le «rôle positif» de la «présence française» dans les colonies, décidé par l'UMP.
Le bruit et l'odeur de la poudre
Présent.
Lundi 14 novembre 2005. Les banlieues brûlent encore. On parle de prolonger l'état d'urgence pour trois mois, alors qu'un retour au calme semble s'esquisser : baisse du nombre de départs de feu et d'interpellations. Ce soir-là, à vingt heures, Jacques Chirac quitte le mutisme et prononce un très beau discours à la télévision -- «son texte le plus personnel depuis cinq ans», affirme un de ses collaborateurs (repris par Libération).
Extrait choisi :
Lundi 14 novembre 2005. Les banlieues brûlent encore. On parle de prolonger l'état d'urgence pour trois mois, alors qu'un retour au calme semble s'esquisser : baisse du nombre de départs de feu et d'interpellations. Ce soir-là, à vingt heures, Jacques Chirac quitte le mutisme et prononce un très beau discours à la télévision -- «son texte le plus personnel depuis cinq ans», affirme un de ses collaborateurs (repris par Libération).
Extrait choisi :
- «Et je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, quelles que soient leurs origines, qu'ils sont tous les filles et les fils de la République. Nous ne construirons rien de durable sans le respect. Nous ne construirons rien de durable si nous laissons monter, d'où qu'ils viennent, le racisme, l'intolérance, l'injure, l'outrage. Nous ne construirons rien de durable sans combattre ce poison pour la société que sont les discriminations. Nous ne construirons rien de durable si nous ne reconnaissons pas et n'assumons pas la diversité de la société française. Elle est inscrite dans notre Histoire. C'est une richesse et c'est une force.»
Plus généralement, Jacques Chirac s'est positionné pendant la crise des banlieues comme le garant des valeurs de la République -- et comme l'opposant de Nicolas Sarkozy et ses saillies. Ce qu'il n'a pas toujours été : lui aussi a eu des mots malheureux, voire des discours dignes des fachos.
Passé.
21 juin 1991, le futur président déclare dans le Monde : «Avoir des Polonais, des Italiens, des Portugais, pose moins de problèmes qu’avoir des Noirs ou des musulmans» (source : l'Anthologie de la connerie pseudo-laïque dans le numéro 5 du "mensuel de critique sociale" CQFD, Ce qu'il faut détruire ; je n'ai pas pu vérifier dans le quotidien).
Selon le site Chiraquie, qui publie une anthologie des pires citations du Président, cette phrase est extraite d'un discours prononcé deux jours auparavant, sans doute au cours d'un dîner-débat à Orléans, et dont voici un extrait plus long :
Passé.
21 juin 1991, le futur président déclare dans le Monde : «Avoir des Polonais, des Italiens, des Portugais, pose moins de problèmes qu’avoir des Noirs ou des musulmans» (source : l'Anthologie de la connerie pseudo-laïque dans le numéro 5 du "mensuel de critique sociale" CQFD, Ce qu'il faut détruire ; je n'ai pas pu vérifier dans le quotidien).
Selon le site Chiraquie, qui publie une anthologie des pires citations du Président, cette phrase est extraite d'un discours prononcé deux jours auparavant, sans doute au cours d'un dîner-débat à Orléans, et dont voici un extrait plus long :
- «Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs [...] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler... si vous ajoutez le bruit et l'odeur, hé bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela...»
Certes, selon ses paroles, «les enfants des quartiers difficiles, quelles que soient leurs origines», peuvent tout à fait être «les filles et les fils de la République». Mais s'ils sont noirs ou musulmans (on en trouvait étrangement beaucoup dans les banlieues qui ont explosé), ils ne seront pas sur un pied d'égalité avec les européens d'origine.... Quant à l'égalité avec les Français de souche -- pfff, vous rigolez, entend-on s'amuser le Chirac de 1991 !
Ce constat pourrait être lucide. Mais les mots du futur président portent aussi la xénophobie et énoncent comme «certain» un propos discriminatoire -- aujourd'hui réprimé par la loi, d'ailleurs. «Le bruit et l'odeur» sont restés dans les mémoires, le début du discours, pas vraiment ; ces paroles ont marqué les esprits parce qu'elles représentent un racisme franchouillard ancestral ; le début du discours a été oublié -- parce qu'il représente la xénophobie moderne du franco-européen blanc ?
En tout cas, en 1991, Chirac, plutôt que de «combattre ce poison pour les sociétés que sont les discriminations», s'amusait à les colporter.
Toujours selon Chiraquie, Jacques Chirac déclare le 30 octobre 1984 dans Libération :
Ce constat pourrait être lucide. Mais les mots du futur président portent aussi la xénophobie et énoncent comme «certain» un propos discriminatoire -- aujourd'hui réprimé par la loi, d'ailleurs. «Le bruit et l'odeur» sont restés dans les mémoires, le début du discours, pas vraiment ; ces paroles ont marqué les esprits parce qu'elles représentent un racisme franchouillard ancestral ; le début du discours a été oublié -- parce qu'il représente la xénophobie moderne du franco-européen blanc ?
En tout cas, en 1991, Chirac, plutôt que de «combattre ce poison pour les sociétés que sont les discriminations», s'amusait à les colporter.
Toujours selon Chiraquie, Jacques Chirac déclare le 30 octobre 1984 dans Libération :
- «S'il y avait moins d'immigrés, il y aurait moins de chômage, moins de tension dans certaines villes et certains quartiers, un moindre coût social.»
Là encore, et à l'opposé de son humanisme 2005, Chirac nous servait la soupe vomitive de l'extrême-droite, FN en tête. D'ailleurs sans s'en cacher, comme le montre cet extrait d'un entretien avec Franz-Olivier Giesbert, daté du 22 juin 1985 :
- «Il y a un type, Le Pen, que je connais pas et qui n'est probablement pas si méchant qu'on le dit. Il répète certaines choses que nous pensons, un peu plus fort et un peu mieux que nous, en termes plus populaires.»
La tradition se transmet ; aujourd'hui la situation est identique, droite et extrême droite débitent souvent les mêmes conneries. Mais Chirac plane à présent loin des débats (sagesse ou "électoralisme" et retournement de veste ?) et laisse le soin à Sarkozy de reprendre à mots couverts le discours haineux de l'infatigable Le Pen. Remarquez, l'extrémisme et la xénophobie ont le vent en poupe ces temps-ci... (voir le sondage sur l'image du Front national, dont je parle ici)
Un mot de la colonisation
Ces petits rappels permettent de nuancer les beaux discours actuels de Jacques Chirac. Se pose alors la question de sa ligne politique et de son honnêteté. On peut penser qu'avec l'âge M. Chirac s'est aperçu de ses erreurs, qu'il est devenu sage. Ou bien conclure que les politiques ne sont que le reflet de leur électorat... Quand on est peu connu et en pleine ascension, on tente de rallier la frange dure des sympathisants. Une fois cette base acquise, on augmente peu à peu les suffrages en arrondissant les angles et en évitant les cinglantes réparties passées -- pour se cantonner alors à un politiquement correct tout aussi désastreux. Tous des menteurs ?Cela fait bien longtemps que l'idée du rôle positif de la colonisation -- et l'appui de cette idée par les politiciens -- se balade à droite.
Une preuve supplémentaire avec cette déclaration de Jacques Chirac, parue dans l'édition du 12 mars 1988 du quotidien Libération :
Une preuve supplémentaire avec cette déclaration de Jacques Chirac, parue dans l'édition du 12 mars 1988 du quotidien Libération :
- «Je suis fier de l'oeuvre coloniale de la France. Il n' a que les intello-gaucho-masochistes pour critiquer cela. C'est pourtant une image superbe de la France. Quand Jacques Médecin inaugure, à Nice, à une place de l'Indochine, je dis qu'il à raison.»
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